‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 136 sur 245 · IL N'EST PAS MORT · texte numérisé non relu

IL N'EST PAS MORT

Musique de : Prédiction de IVostradamus (page 63'j).

A moi soldat, à vous gens de village,

Depuis huit ans on dit : « Votre empereur

« A dans une ile achevé son naufrage ;

« Il dort en paix sous un saule pleureur. »

Nous sourions à la triste nouvelle.

0 Dieu puissant qui le créas si fort,

Toi qui d'en haut l'as couvert de ton aile,

N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort ?

Lui, mort ! oh I non. Quel tremblement de terre. Quelle comète annonça son trépas?

Croyons plutùt que la riche Angleterre Pour le garder a manqué de soldats.

Les étrangers qu'épouvantait sa gloire Feignent en vain de déplorer son sort ; En vain leurs chants exaltent sa mémoire, N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort ?

Il partagea deux fois mon pain de seigle,

Et de sa main il m'attacha la -?roix ;

J'ai toujours vu, moi qui portais son aigle,

La mort en lui respecter notre choix.

Et des Anglais auraient cloué sa bière !

Et de sa tombe ils défendraient l'abord !

Et sous leurs pieds il deviendrait poussière 1

N'est-il pas vrai, mon Dieu, iin'il n'est pas mort ?

Nous, ses enfants, nous savons qu'un navire

A ses geôliers nuitamment Ta ravi ;

Que, depuis lors, dans son immense empire,

Déguisé, seul, il erre poursuivi.

Ce cavalier de chétive apparence.

De la forêt ce braconnier qui sort.

C'est lui peut-être : il vient sauver la France.

N'esl-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

Mais dans Paris, parmi le peuple en fêle. J'ai cru le voir ; je l'ai vu : c'était lui. De la colonne il contemplait le faîte.

Ému, troublé, je cours; il avait fui.

Reconnaissant un vieux compagnon d'armes. Si de ma joie il a craint le transport, Pour se cacher ma joie avait des larmes. \'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort ?

l'n matelot, qui connaît l'Inde esclave, Pour nous servir veut qu'il y soit passé. Il mène au feu le Mahratte si brave, Et des Anglais l'empire est menacé.

Courant, volant, foudroyant des murailles, Oui, de l'Asie il revient par le nord. Hélas 1 sans nous qu'il livre de batailles ! N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est ]ias mort ?

Des nations chacune a sa souffrance:

Il manque un homme en qui le monde ait foi. C'est lui qu'on veut ; rends-le vile i'i la l-'rance, Mon Dieu ; sans lui je ne puis croire en loi. Mais, liiiii de nnus, sur des rochers funestes. Dans son manteau si pour toujours il dort. Ah ! que mon sang rachète au moins ses restes ! .\'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas morl ?

(!) I/idce qui a fait faire celle chanson a bien longlcinps régné au fond de nos compagnes el mùme parmi les classes ouvrières des villes. l'eul-Olre même Irouverait-on encore, dans quelque province, des iudividusqui conservent celle superstition populaire.

LES CHANSONS DE BÉRANGEK

Page 1