L'ARGENT
A UN AMI Musique de : Ma Vocation (fage 317).
Ami, viens à mon aide ; Prête-moi cinq cents francs.
L'argent, quel sûr remède Aux maux petits et grands!
En ville et sous le chaume, Trois fois heureux celui Qui prodigue ce baume, Aux souffrances d'autrui !
L'argent ferait ma joie :
On ne le croirait pas; Car l'honneur dans sa voie M'a guidé pas à pas.
Souvent, près d'un tel maître, J'ai cru voir en chemin Le Bonheur m'apparaiti'c.
Une bourse à la main.
Qui n'est pas égoïste De l'argent sent le prix.
Dans son orgueil si triste Jean-Jacque en fait mépris .
Moi, je bénis la source Qui, traversant mon sol, Désaltère en sa course Colombe et rossignol.
Que coûtent ces richesses?
On me répond tout bas :
Un crime ou des bassesses.
Prince, je n'en veux pas.
Non; l'argent, quoi qu'on dise.
N'est point lave d'enfer :
C'est bonne marchandise; Mais on le vend trop cher.
De prix, un jour, s'il baisse, A Dieu plaise ordonner Qu'enfin je me repaisse De milliards à donner.
Les sots, dont j'aime à rire.
Verront si je m'entends A faire la satire Des riches de mon temps.
Dieu n'en voulant rien faire.
Ami, sois mon banquier.
Aux écus je préfère Le commode papier ; Ce doux papier de soie Qu'hélas! trop peu souvent La fortune m'envoie. Et qu'emporte le vent.