‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 148 sur 245 · L'ARGENT · texte numérisé non relu

L'ARGENT

A UN AMI Musique de : Ma Vocation (fage 317).

Ami, viens à mon aide ; Prête-moi cinq cents francs.

L'argent, quel sûr remède Aux maux petits et grands!

En ville et sous le chaume, Trois fois heureux celui Qui prodigue ce baume, Aux souffrances d'autrui !

L'argent ferait ma joie :

On ne le croirait pas; Car l'honneur dans sa voie M'a guidé pas à pas.

Souvent, près d'un tel maître, J'ai cru voir en chemin Le Bonheur m'apparaiti'c.

Une bourse à la main.

Qui n'est pas égoïste De l'argent sent le prix.

Dans son orgueil si triste Jean-Jacque en fait mépris .

Moi, je bénis la source Qui, traversant mon sol, Désaltère en sa course Colombe et rossignol.

Que coûtent ces richesses?

On me répond tout bas :

Un crime ou des bassesses.

Prince, je n'en veux pas.

Non; l'argent, quoi qu'on dise.

N'est point lave d'enfer :

C'est bonne marchandise; Mais on le vend trop cher.

De prix, un jour, s'il baisse, A Dieu plaise ordonner Qu'enfin je me repaisse De milliards à donner.

Les sots, dont j'aime à rire.

Verront si je m'entends A faire la satire Des riches de mon temps.

Dieu n'en voulant rien faire.

Ami, sois mon banquier.

Aux écus je préfère Le commode papier ; Ce doux papier de soie Qu'hélas! trop peu souvent La fortune m'envoie. Et qu'emporte le vent.

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