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LE PHÉNIX

Jadis, en des climats loinlains,

A'ivait sur de fertiles plages

Une république de sages,

Heureux des plus obscurs destins.

Le phénix vint sur l'autre rive.

Vite, à sa cour il les lit appeler.

Son héraut criait : — Qu'on me suive ! Dépèchez-vous : l'oiseau peut s'envoler.

Partout l'esclave galonné Va disant: — Mon maître a des ailes A couver vingt peuples fidèles ; Venez voir l'oiseau couronné.

Pas n'est liesoin de vous l'apprendre, Au bien de tous il aime à s'immoler.

S'il meurt, il renaît de sa cendre.

Dépèchez-vous; l'oiseau peut s'envoler.

.^ul ne bouge. Il ajoute encor :

— .Ne pas le voir serait dommage.

Rien d'aussi beau que son plumage.

Son bec de perle et ses pieds d'or.

Vrai soleil, sa riche couronne.

Sur vos moissons daignant étinceler, Les mûrirait, Dieu me pardonne 1 Dépéchez- vous; l'oiseau peut s'envoler.

Un vieillard enfin lui répond :

— Cesse, ami, tes vaines fanfares ; .Nous préférons, nous, vrais liarbares, A ton oiseau poule qui pond.

Pourtant il nous plait fort entendre

Chanter linots, colombes roucouler,

Le chant du phénix est moins tendre :

C'est chant royal ; roiseaupeut s'envoler.

Sache qu'en son bûcher fumant

Nos pères l'ont osé surprendre.

Qu'ont-ils découvert dans sa cendre?

Hélas ! un cœur de diamant.

Fout être unique en son espèce D'aucun amour n'a pouvoir de brûler.

Plaignez les rois, dit la Sagesse, Nous les plaignons; l'oiseau peut s'envoler.

l.KS CHANSONS DE BEliANGER

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