‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 216 sur 245 · LA ROSE ET LE TONNERRE · texte numérisé non relu

LA ROSE ET LE TONNERRE

Chez les Grecs, coaleurs de merveilles, Quel sort ne m'eilt-on pas prédit?

Lauriers d'Hoini're, et vous, abeilles, (I) Qui mettiez Platon en crédit ; Lauriers, j'eus mieux que vos ombrages; Abeilles, mieux que votre miel ; Une rose et le feu du ciel De mon destin ont été les présages ; Une rose et le l'eu du ciel.

Dans son sein j'essayais la vie, Quand ma mère, au temps des frimas, D'une rose eut, dit-on, l'envie.

Pour la reine on n'en trouvait pas.

Ce désir vain fut-il la cause Du signe qui m'a couronné ?

Ah ! Dieu m'avait prédestiné !

Son doigt au Iront me peignit une rose; (â) Ah ! Dieu m'avait prédestiné !

Oui, sur ce iront brille l'image D'une rose dont les couleurs S'avivaient lorsqu'en mon jeune âge Avril aux champs semait ses tleurs.

Une dame à robe étotlëe,

Baisant mon front, disait toujours:

Tu seras béni des amours.

Ces mots si doux me semblaient d'une fée ; Tu seras béni des amours !

Des trop longs pleurs de l'élégie Je dus afl'rancliir la beauté.

Amours, dans ma mythologie.

Dieu sourit à la volupté.

Je vous [iropliélise une autre ère :

La femme engendrera la loi.

Qu'elle soit reine où l'homme est roi.

Qu'en son époux Eve retrouve un frère; Qu'elle soi! reine où l'Iinmnie est roi.

Mais aux doux chants ma voix sans doute Devait mêler des sons i)lus tiers.

Vient un orage; enfant, j'écoute Ce char (jui roule ai'mé d'éclairs.

Sur moi du nuage (]ui crève Le tonnerre tombe étoutl'anl. (3) Pourquoi i)leurer le pauvre enfant ?

Aux longs eanuis son bon ange l'enlève. Pourquoi i)leurer le pauvre eufanl?

{{) lloiuôn' fui, dit-on, U'Jiivé au burJ du flinivc Mélésigjni', sojs un bcrcoiui de lauriors; el des abeilles, dit-un aussi, déposaient leur nùel sur les lèvres du jc'Uno Platon endormi. Je demande pardon à ces deux noms si grands de les avoir rai)procbés de celui d"un cbansonnier.

(2) Mil mère eut on clïet le désir d'une rose dans le piiMiii'i- mois de sa grosseisc, en plein cœur d'hiver. Mes vieux parents ne raanqiifen-nl pa-i d'altriljuer à cette e/iii'e non salisfai:c une espèce de rose colorée que je portais au front, mais que I â:.'i' fil dis[iaiaitii' à plus de quinze ans. La laulr qui rua élevé en retrouvait encore la trace au retour du printemps.

(3) Dans deux de mes chansons, j'ai déjà fait allusion à celte particularité do ma jeunesse. Une bonne éducation nreùi mieux valu que ces prétendus pronostics pour devenir un jour un homme remarquable; mais qu'on pardonne au rimcur de les avoir rappelés ici.

Hélas ! le ciel me fait i-enai'tre.

Que voulail-il me présager ?

Moi, né faible, j'aurai peut-être De ses rois un peuple à venger.

Oui, des Français ijue j'encourage Les foudres sont près d'éclater.

Tremblez, Bourbons, je vais chanter ; J'ai fait, bien jeune, un pacte avec 1 orage. Tremble/-, Bourbons, je vais chauler.

Ah ! j'ai rempli ma destinée.

Adieu l'amour qui me soutint !

Dès longtemps la rose est fanée ; Le feu du ciel en moi s'éteint.

A la nuit, qui vient froide et noire, Du foyer gagnons la chaleur.

Comme l'éclair, comme la fleur.

Meurent, hélas ! amcjur, génie et gloire ; Comme l'éclair, comme la fleur.

LES CHANSONS DE BÉHANGEll

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