LA ROSE ET LE TONNERRE
Chez les Grecs, coaleurs de merveilles, Quel sort ne m'eilt-on pas prédit?
Lauriers d'Hoini're, et vous, abeilles, (I) Qui mettiez Platon en crédit ; Lauriers, j'eus mieux que vos ombrages; Abeilles, mieux que votre miel ; Une rose et le feu du ciel De mon destin ont été les présages ; Une rose et le l'eu du ciel.
Dans son sein j'essayais la vie, Quand ma mère, au temps des frimas, D'une rose eut, dit-on, l'envie.
Pour la reine on n'en trouvait pas.
Ce désir vain fut-il la cause Du signe qui m'a couronné ?
Ah ! Dieu m'avait prédestiné !
Son doigt au Iront me peignit une rose; (â) Ah ! Dieu m'avait prédestiné !
Oui, sur ce iront brille l'image D'une rose dont les couleurs S'avivaient lorsqu'en mon jeune âge Avril aux champs semait ses tleurs.
Une dame à robe étotlëe,
Baisant mon front, disait toujours:
Tu seras béni des amours.
Ces mots si doux me semblaient d'une fée ; Tu seras béni des amours !
Des trop longs pleurs de l'élégie Je dus afl'rancliir la beauté.
Amours, dans ma mythologie.
Dieu sourit à la volupté.
Je vous [iropliélise une autre ère :
La femme engendrera la loi.
Qu'elle soit reine où l'homme est roi.
Qu'en son époux Eve retrouve un frère; Qu'elle soi! reine où l'Iinmnie est roi.
Mais aux doux chants ma voix sans doute Devait mêler des sons i)lus tiers.
Vient un orage; enfant, j'écoute Ce char (jui roule ai'mé d'éclairs.
Sur moi du nuage (]ui crève Le tonnerre tombe étoutl'anl. (3) Pourquoi i)leurer le pauvre enfant ?
Aux longs eanuis son bon ange l'enlève. Pourquoi i)leurer le pauvre eufanl?
{{) lloiuôn' fui, dit-on, U'Jiivé au burJ du flinivc Mélésigjni', sojs un bcrcoiui de lauriors; el des abeilles, dit-un aussi, déposaient leur nùel sur les lèvres du jc'Uno Platon endormi. Je demande pardon à ces deux noms si grands de les avoir rai)procbés de celui d"un cbansonnier.
(2) Mil mère eut on clïet le désir d'une rose dans le piiMiii'i- mois de sa grosseisc, en plein cœur d'hiver. Mes vieux parents ne raanqiifen-nl pa-i d'altriljuer à cette e/iii'e non salisfai:c une espèce de rose colorée que je portais au front, mais que I â:.'i' fil dis[iaiaitii' à plus de quinze ans. La laulr qui rua élevé en retrouvait encore la trace au retour du printemps.
(3) Dans deux de mes chansons, j'ai déjà fait allusion à celte particularité do ma jeunesse. Une bonne éducation nreùi mieux valu que ces prétendus pronostics pour devenir un jour un homme remarquable; mais qu'on pardonne au rimcur de les avoir rappelés ici.
Hélas ! le ciel me fait i-enai'tre.
Que voulail-il me présager ?
Moi, né faible, j'aurai peut-être De ses rois un peuple à venger.
Oui, des Français ijue j'encourage Les foudres sont près d'éclater.
Tremblez, Bourbons, je vais chanter ; J'ai fait, bien jeune, un pacte avec 1 orage. Tremble/-, Bourbons, je vais chauler.
Ah ! j'ai rempli ma destinée.
Adieu l'amour qui me soutint !
Dès longtemps la rose est fanée ; Le feu du ciel en moi s'éteint.
A la nuit, qui vient froide et noire, Du foyer gagnons la chaleur.
Comme l'éclair, comme la fleur.
Meurent, hélas ! amcjur, génie et gloire ; Comme l'éclair, comme la fleur.
LES CHANSONS DE BÉHANGEll