‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 217 sur 245 · LA SIRÈNE · texte numérisé non relu

LA SIRÈNE

Air nouveau de Pierre Letorey.

Les flots sommeillenl au rivage; Au ciel brille un beau soir d'été.

Plus de bruit, tout dort sur la plage, Le vent, le travail, la gaîlé.

Du sein de l'onde un mot surnage, Mot que la nuit fera redire au jour:

Amour ! amour ! [Dis.)

Qui dit ce mot ? C'est la Sirène Guettant sa proie au bord des eaux Malheur à celui qu'elle entraine Jusqu'à sa couche de roseaux !

Déjà, pas à pas, sur l'arèno, D'elle s'approche un bel adolescent, En rougissant.

— Accours, dit-elle, amour me presse; Pour tous les cœurs j'ai des échos.

A moi d'enhardir la jeunesse; Je te soutiendrai sur les flots.

Échappe au mors de la Sagesse, Qui ceint le front de ses enfants blafards De nénufars.

L'Amour fait scintiller les ondes Où nous folâtrons sans souci.

Combien, dans nos grottes profondes, Tombent qui nous disent : Merci !

C'est dans le plus joyeux des mondes Que va te luire un éternel été De voluplé.

Goûte aux plaisirs qu'on nous envie; Caresse mon sein palpitant ; Chez vous quelle âme est assouvie?

Vos feux n'échauffent qu'un instant.

La vie, enfant, la douce vie N'est parmi nous, qui savons l'altiser, Qu'un long baiser.

L'adolescent plonge dans l'onde.

Qui l'a revu ? Nul depuis lors.

Mais qu'au soir la Sirène immonde Chante encor l'amour sur nos bords, Une voix, qui n'est plus du monde, Crie aux passants saisis, tremblants d'elTroi « Priez pour moi. »

LES CHANSONS DE BÉRANGEU

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