‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 221 sur 245 · LA PRÉDICTION · texte numérisé non relu

LA PRÉDICTION

Raison, sibylle du sage, Qu'on interroge trop tard.

Me vient dire : A ton voyage Dieu va mettre fin, vieillard.

Prends ton bâton, ta musette Fais tes adieux, et, bon pas, Va revoir chaque Lisette Qui t'a devancé là-bas.

Gaîté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre;

Eh 1 vite en chemin!

Raison, la grondeuse, ajoute :

C'est trop, passer soixante ans.

Fais ton dernier bout de route ; Romps enfin avec le temps.

Pour toi tout se décolore ; Vois le soleil qui p.'ilit.

Quelques pas à faire enc(Hv Vont te conduire à ton lit.

Gaîté, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre;

Eh 1 vite en chemin !

Prédiction qui ni'cnclianle !

Ce monde est cher de loyer.

Quittons le coin où je chante Pour chaque terme à payer.

Bois, cités, champs et prairies.

Si j'ai récolté chez, vous,

Des fleurs de mes rêveries

J'ai fait des bouquets pour tous.

Gaîté, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh! vite en chemin !

Je n'emporte en ma mémoire Que l'image des beautés Qui, mieux qu'une sotte gloire.

M'ont fait des jours enchantés.

Passé le temps des amantes, Dans mes soirs, j'ai bien des fois Cru voir leurs ombres charmantes Rire et danser à ma voix.

Gaîté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh! vite en chemin !

LTn seul héritier me presse, C'est un chantre adolescent.

La lampe de ma vieillesse ()(rus([ue son jour naissant.

Des chansons il veut l'empire :

D'Yvelot faisons-le roi.

Kn passant allons lui liire :

Je pars; le tn'me est ii toi.

Gailé, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh ! vile en chemin !

Que m'importe votre monde, Ses aquilons, ses autans, Ses vieux rocs, sa mer qui gronde, F^a fleur qui manque au printemps !

De tout jeunesse s'arrange; Mais, las des ans, je m'en vais, Pétri de sang et de fange, Ce globe sent trop mauvais.

Gaité, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh ! vite en chemin !

Adieu ! j'achève ma course.

Le ciel s'adoucit d'autant Qu'il voit au fond de ma bourse Combien peu j'ai de comptant !

Amis, quittez cet air morne.

Je pars, mais avec l'espoir, Quand j'aurai passé la borne, De vous crier : Au revoir!

Gaité, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh ! vite en chemin I

Li COLOMBE ET LE CORBEAU DU DÉLUGE LA FÉE AUX RIMES

Musique avec accompagnement de piano

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