‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 240 sur 245 · LA MORT ET LA POLICE · texte numérisé non relu

LA MORT ET LA POLICE

Musique (le: Mon Ame (page 265).

De par le Préfet de polii.u, Qui vous sail à l'exlrémilé, Moi, monsieur, délégué d'oflice, Je viens vous reniellre en santé.

.\ table, et vive la gaité !

(Jue vos docteurs d'ici fassent lelraite: Par eux toujours la tncu-l prend ses ébats ; Ur.de mourir défensr vous esl faite.

Obéisse/., monsieur, ne mourez pas.

bis.

Vous morl. il faut qu'on vous enterre, (jue de gens viendront au convoi 1 IMeureurs de mauvais caractère, Prêts à tout mettre en désarroi.

Nous savons coniinenl tombe un roi :

Voudriez-vous que le char de l'Empire

Sur votre fosse allât faire un faux pas?

Hicn que ce mol vous arrache un sourire.

Oiteisse/-, Mionsieiir. tic iiiuure/. pas.

Tout vous défend la résistance ; Le prince et ses législateurs Comptent pour rien ce que la France Vous dut de chants consolateurs:

Vous n'êtes point de nos [lutteurs.

Pour les mouchards, une loi fort bénigne Vous met au ban, vous, avec les forçats' : Flétri du nom de citoyen indigne, Obéisse/., monsieur, ne mourez pas.

Vivez ! à la cour vont éclore

Grandeur, clémence et loyauté.

Grâce à l'argent, qui sert de chlore,

Nous amputons la Liberté,

Déesse au parlage efi'ronté.

Presse et tribune existent pour mémoire. Avoir raison n'est plus un embarras :

i\e sachant rien, le peuple va tout croire. Obéissez, monsieur, ne mourez pas.

Mais votre nom, avant l'année,

Doit de plus en plus s'amoindrir

Sous votre couronne fanée.

Sans risque pour nous à courir.

Oui, bientôt vous pourrez mourir.

Alors, sans bruit, sans discours, sans service, Un char décent vous conduira là-bas !

En attendant, aux ordres de police Obéissez, monsieur, ne mourez pas^.

1. La loi électorale, restreinte par la Législative, m'a ôté le droit de voter comme condamné sous la Restauration pour atteint» à la morale religieuse, lorsque le clurgé était ligué avec la légitimité. Le président, en corrigeant cette loi, a laissé subsister l'arlii le qui me déclare citoyen indigne. [Xole de Bérangcr sur son brouillon.)

2. Au coramencement de 18 i3, le bruit de ma mort se répandit si générali'ment, qu'il me valut une foule de visites. Dans la classe ouvrière, on prétendait que défense avait été faite aux journaux de parler de ma mort, de peur d'un trup grand concours à mon convoi. C'est ce qui me fit faire cette chanson, qui sera sans doute ma dernière.

{ffnte de Héranger.)

TABLE Ur.S MATIERES

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