‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 239 sur 245 · PRIÈRE D'UN ÉPICURIEN · texte numérisé non relu

PRIÈRE D'UN ÉPICURIEN

COLTLET Éi-RIT AUX CATACOMBES LK JOUR OU SV KIlNDIliKNT LES MLMIiltLS DU CAVEAU Musiijw de: Les l-'ous (page 2HI4).

l>ii cliamp que ton pouvoir féconde, A'ois la Mort trancher les épis ; Amour, réparateur du monde, Réveille les cœurs assoupis.

A l'horreur ([ui nous environne Oppose le hesoin d'aimer; El si la Morl toujours moissonne, Ne te lasse pas de semer.

COUPLET

ICCIUr SUIl IN IJECt E|[, DE CILANSÙNS MANUSCIMTES DE M. Ain de la /!c/)uhli<iae.

Si J'étais roi, l'oi de l,i chansonnette. Comme en secret me l'a dit maint Mal leur. Votre recueil à ma Muse inquiéle Dénoncerait un jeune usurpateur ;

Car les conseils (ju'en si bons vers il donne Au pauvre peuple, objet de tant d'eiïroi. l'eraienl trembler mon sceptre el ma couronne Si j'étais roi (bis.)

OARMF.K Fbères, Éditelrs. — 133

Ce sont les grands vers de la pièce intitulée Adieu qui achèvent le volume des Dernières Cliamuns de Uéranger. Telle qu'elle est imprimée aujourd'hui, cette œuvre poétique est close. Mais sans le y joindre, il sera toujours permis de recueillir les divers écrits que sa plume a tracés, et c'est avec ui sentiment de piété particulière que nous plaçons ici une pièce de vers à laquelle a manqué la dernière main du poète, mais qui (ut réellement le dernier jeu de sa muse et qui, non sans ironie, et peut-cire sans une triste fierté, exprime l'une des pensées qu'il avait à cœur de rendre publiques. Cette chanson a été trouvée, parmi des papiers, dans un cahier qui contient des ébauches et des copies de chansons; elle est postérieure à l'année 1833 et déjà depuis deux ans Béranger avait achevé et fermé son dernier recueil.

Il n'y plaça pas cette dernière pièce, sans doute parce qu'il ne l'avait pas limée et polie à son gré ; et nous ne la recueil'ons nous-même que pour montrer combien a dû souffiir son grand cœur quand son nom fut affiché sur les murs de Paris par des mains prétendues républicaines au milieu des noms dos corrupteurs de la nation. N'oublions pas que Béranger esl mort en IS.'i'î, sans avoir vu se lever l'aurore de la nouvelle politique de la France et en un moment où le gouvernement de l'empire n'annonçait pas qu'il prendrait, au dehors et au dedans du pay-:, l'initiative des idées et des actions libérales. Sans doute aujourd'hui sa douleur serait adoucie par son espoir ; mais quand il a fait celle chanson plaintive il ne trouvait pas autour de lui de quoi consoler sa peine et panser la blessure faite àsa fierté.

N'était-ce pas une étrange peinture du désordre de nos mœurs politiques et l'un des plus mauvais signes de notre histoire que de voir sous une république, et sous le gouvernement d'un héritier de Napoléon, méconnaître si cruellement la gloire de celui qui vengea la France vaincue en 1815, qui anima au combat et poussa à la victoire la France libérale de 1830, et qui, pour la Franco démocratique de 1848, devait être un patriarche?

Voici cette dernière chanson, ce dernier cri d'une gaieté souffrante, ce dernier accent d'une voix qui s'éteint :

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