ADIEU, CHANSONS
ilusiqiie du Tailleuv et la Fée, ou d'Angéline (page 610).
Pour rajeunir les fleurs de mon trophée, Naguère encor, tendre, docte ou railleur, J'allais chanter, quand m'apparul la fée Qui me berça chez le bon vieux faillenr. « L'hiver, dit-elle, a soufflé snr ta tète : « Cherche un abri pour tes soirs longs et froids. « Vingt ans de lutte ont épuisé ta voix, « Qui n'a chanté qu'au bruit de la tempête. » Adieu, chansons! mon front chanre est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
« Ces jours sont loin, poursuit-elle, oti ton ùm«
« Comme un clavier modulait toas les airs;
« Où la gaîté. vive et rapide ffa.mmf,
« Au ciel obscur prodiguait ses éclairs.
« Plus rétréci l'horizon devieul sombre;
« Des gais amis le long rire a cessé.
« Combien là-bas déjà font devancé!
« Lisette même, hélas ! n'est plus qu'une oiiilive. »
Adieu, chansons! mon front chauve est nié.
L'oiseau se tait ; l'aquilon a grondé.
« Bénis ton sort. Par toi la poésie
« A d'un grand peuple ému les derniers rangs.
« Le chant <[ui vole à l'oreille saisie
« Soufna tes vers même aux plus ignorants.
t Vos orateurs parlent à qui sait lire;
« Toi, conspirant tout haut contre les rois,
« Tu marias, pour ameuter les voix,
« Des airs de vielle aux accents de la lyre. »
Adieu, chansons, mon front chauve est ridé.
L'oiseau .se tait; l'aquilon a grondé.
« Tes traits aigus lancés au tr<")ne même,
« En retombant aussitiM ramassés,
« De près, de loin, par le peuple qui t"aime,
« Volaient en chœur jusqu'au but relancés.
« Puis, quaBd ce trône ose brandir son foudre,
« De vieux fœsUs l'abattent en trois jours.
« Pour tous les coups tirés dans son velours,
« Combien ta Muse a fabriqué de poudre ! »
Adieu, chansons r moa front chauve est ridé.
L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
« Ta part est îteile à ces grandes journées, (( Où du butin tu détournas les yeux.
c Leur souvenir, couronnant tes années, « Te suffira si tu sais être vieux.
« Attx jeunes gens racontes-en l'histoire ; (( Guide leur nef: instruit-les de l'écueil; « Et delà France un jour fonl-ils lorgueil, « Va réchauffer ta vieillesse à leur gloire . » .\dieu, chansons! mou front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
Ma bonne fée, au seuil du pauvre barde,
Oai, TOHS sonnez la retraite à propos.
Pour compagnon, bientùt, dans ma mansarde.
J'aurai l'oubli, père et fils du repos.
Mais à ma mori, témoins de notre lutlc.
De vieux Français se diront, l'u'il mouillé :
Au ciel, un soir, cette étoile a brillé ;
Dieu l'éleignit longtemps avant sa chule.
.\dieu, chansons ! mon front chauve est ridé.
L'oiseau se lait; l'aquilon a grondé.
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