‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 26 sur 245 · MES CRAINTES · texte numérisé non relu

MES CRAINTES

.LETÏiE£ A MON AMI M. LEBRUN, DE L'ACADÉMIE fEAXOAISE

Air ; Docteur et ses Malades (page 35/).

fôa

Cher Lebrun, la muse h('roïi|ue,

A la clianson lendani la main,

M'écrit : « Au trône académitiue

« Veux-tu monter? parle, et demain.

Muse, arrêtez. Par lassilude

D'un monde où j'ai fait long séjour,

J'ai pris goût à la solitude.

J'v tiens : c'esl mon dernier amour.

De me laisser faire grand homme, Non, je n'eus jamais le désir.

L'époque n'est pas économe De piédestaux; on peut choisir.

Toute secte a sa créature ; Tout club aussi : c'est tel ou tel.

On donne ici la dictature".

Là-bas on élève un auli'l.

(Jui, j'adore, ami, la retraite, lit du bruit mon Age a lelïroi.

Le monde, dis-lu, me regrette.

Le monde? Il pense bien à moi!

Bourgeois vaniteux, il s'arrange De peu de gloii-e et de gros fonds; Et, pour s'('l)audir dans sa fange, A liiuidurs assez de boutfons.

L'idole est partout promenée ;

Mais bientôt les porteurs sont las.

Nous voyons, en moins d'une année

Messie et dictateur à bas.

On crie à l'un : « Tu n'es qu'un homme! »

A l'autre, si c'esl un vieillard :

« Sur cette Jiorne fais un somme

a En attendant le corbillard. «

Hefais-toi Iribiin polili(iue!

M'a-t-on crié. Mais quoi! .ladis N'ai-je pas, sur cette musique, Fais assez de vci-s applaudis?

D'autres m'ont dit : « Fais-loi messie « Ou prophète, et viens, dès ce soir, « D'un p;irruni ilr lluMicralie « T'enivrcr à noire encensoir. »

Las! toute gloire est mensongère

IDansce temps d'esjuits fourvoyés.

Tel s'en fait une viagfère.

Oui hii-uh'tiK' la foule aux pieds.

Combien j ai vu de nos idoles

Subir de contraires destins!

.le riais de leurs auréoles;

■l'ai pleuré sur leurs fronts éteints.

LES CHANSONS DE DERANGER

Amis, ne laissons pas le monde Nous emporter à tous les vents Plus qu'une misère profonde J'ai craifit des honneurs décevants Rimeur, j'ai craint de faire ombrage Aux talents d'un ordre élevé ; J'ai craint jusqu'au renom de sage Dont Lisette m'a préservé.

Moi, sage ! oh ! non ; c'est la paresse Qui m'a fait des goûts si bornés. Non, j'aurais craint que ma sagesse N'effrayât de pauvres damnés.

Quand souffrent au siècle où nous sommes Peuple et roi, riche et travailleur, Crois-moi, le plus sage des hommes N'en saurait être le meilleur.

Lebrun mon exemple t'enseigne

A faire au monde juste part.

A l'Institut qu'un autre règne :

J'ai bâti ma ruche à l'écart.

Là, si peu que le miel abonde,

Je puis craindre encor les fourmis;

Mais là, moins je me donne au monde,

Plus j'appartiens à mes amis.

LE MAUVAIS VIN

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