JACQUES
Musique de : Le Grillon (page G07).
Jacquei, il me faut troubler ton somme :
Dans le village, un gros huissier
Rôde et court, suivi du messier.
C"est pour l'impôt, las ! mou pauvre homme.
Lève-toi, Jacques, lève-toi ;
Voici venir l'huissier du roi.
Regarde : le jour vient d'éclore ; Jamais si tard lu n'as dormi.
Pour vendre, chez le vieux Rémi, On saisissait avant l'aurore.
Lève-toi, Jacques, lève-toi ; Voici venir l'huissier du roi.
Pas un sou I Dieu ! je crois l'entendre. Écoute les chiens aboyer.
Demande un mois pour tout payer.
Ah 1 si le roi pouvait attendre !
Lève-toi, Jacques, lève-toi ; Voici venir l'huissier du roi.
Pauvres gens! l'impôt nous dépouille !
Nous n'avons, accablés de maux, Pour nous, ton père et six marmots, Rien que ta bêche et îna quenouille.
Lève-loi, Jacques, lève-toi ; Voici venir l'huisaer du roi.
On compte, avec celte masure, Un quart d'arpent, cher alFermé.
Par la misère il est fumé ; Il est moissonné par Pusure.
Lève-toi, Jacques, lève-loi ; Voici venir l'huissier du roi.
Beaucoup de peine et peu de lucre.
Quand d'un porc aurous-uous la chair ?
Tout ce qui nourrit est si cher !
Et le sel aussi, notre sucre !
Lève-toi, Jacques, lève-toi ; Voici veuir l'huissier du roi.
Du vin soutiendrait ton courage ; Mais les droits l'ont bien renchéri.
Pour en boire un peu, mon chéri.
Vends mon anneau de mariage.
Lève- toi, Jacques, lève-toi ; Voici venir l'huissier du roi.
Rêverais-tu que ton bon ange Te donne richesse et repos ?
Que sont aux riches les impôts ?
Quelques rats de plus dans leur grange.
Lève-toi, Jacques, lève-toi ; Voici venir l'huissier du roi.
Il entre ! ô ciel ! que dois-je craindre .'
Tu ne dis mot ! quelle pâleur !
Hier lu t'es plaint de douleur,
Toi qui soutires tant sans te plaindre.
Lève-loi, Jacques, lève-loi ; Voici monsieur l'huissier du roi.
Klle appelle en vain ; il rend l'àme.
Pour qui s'épuise à travailler La mort esl un doux oreiller.
Bonnes gens, prie/, pour sa femme.
Lève-toi, Jacijues, lève-loi ; Voici monsieur 1 huissier du rui.
LES CHANSONS DE DERANGER