‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 40 sur 245 · LE SUICIDE · texte numérisé non relu

LE SUICIDE

SCll LA MOUT DKS .lEUXES VICTOU LSi'dLSSL ET AL'iiLSIL LEBUAS

Air : d'Anijéline (de W illieni) ou du Tailleur- et la Fée page 010).

Quoi ! morts lousdeux, dans celle cliainlii-r close,

Où du charbon pèse encor la vapeur !

Leur vie, liélas ! était à peine écluse.

Suicide affreux ! triste oiijet de stupeur !

Ils auront dit : Le monde fait naufrage;

Voyez pâlir pilote et matelots.

Vieux b<\liment usé par tous les flols,

Il s'engloutit; sauvons-nous à la nage.

Et, vers le ciel se frayant un cheiiiin,

Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! l'écho murmure encore

L'air qui berça votre premier sommeil.

Si quelque brume obscurcit votre aurore,

Leur disait-on, attende/, le .soleil.

Ils répondaient : Qu'importe que la sève

Monte enrichir les champs où nous passons !

Nous n'avons rien, arbres, (leurs ni moissons

Est-ce pour nous que le soleil se lève?

El, vers le ciel se frayant un chemin,

Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! calomnier la viel C'est par dépit que les vieillards le font. Kst-il de coupe où votre àme ravie, En la vidant, n'ait vu l'amour au fond? Ils répondaient ; C'est le rêve d'un ange ; L'amour 1 en vain notre voix l'a chanté. De tout son culte un autel est resté ; Y touchions-nous, l'idole était de fange. Et, vers le ciel se frayant un chemin. Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! mais, les plumes venues, .\igles un jour, vous pouviez., loin du nid, Hravant la foudre et dépassant les nues, La gloire en face, atteindre à son zénith. Ils répondaient: Le laurier devient cendre, Cendre qu'au vent l'Envie aime à jeter ; El, notre vol diH-il si haut monter, Toujours près d'elle il faudra redescendre. El, vers le ciel se frayant un chemin, Us sont partis en se donnant la main.

Pauvres ctifauls! (|ucllc douleur anicre vN'apaiscnl pas de sainls devoirs reui|vlis! I>;iiis l;i Patrie on relroii\c nue iniTc, l']| s(in (li'a])eiiu novisrdiivrr di' ^l's plis. Ils ri'|iniii|;iii'nl ; Ce ilr;i|)r:iii iiu'dii i's( luir Au jiiil ilii clii'l' le |iro|rge cndurmi; Mai-; li' sul.liil, L'iiil du sang ennemi, Ni'ill.'. cl de Liiiii uu'uil en giinhiul la iicrli El, \cr.s le ciel ^,e l'rayanl un clieuiiu. Ils soni |i:nlis en se donnant la uiain.

aiivri'-i enfants! île fanli'une-; fiinehres

Quelque nourrice a peupli' vos esprits.

Mais un Dieu brille à travers nos ténèbres;

Sa voix de père a d\) calmer vos cris.

Ah 1 disaient-ils, suivons ce trait de llanimo.

N'attendons pas, Dieu, que ton nom puissant,

Qu'on jette en l'air comme un nom de passant.

Soit, lettre à lettre, elTacé de notre Ame.

Ft, vers le ciel se frayant un clieniin,

Ils sont parlis en si^ iloniinnl la main.

Dieu ci('ateur, pardonne ;'i leur diMnenco.

Ils s'étaient faits les échos de leurs sons;

\e sachant pas qu'en une chaîne immense,

Non pour nous seuls mais pour tous nous naissons,

L'hnmanité manque de saints apiMres

Oui leur ait dit : Enfants, suive/, sa loi.

Aimer, aimer, c'est être utile à soi!

Se faire aimer; c'est être utile aux autres.

Ft, vers le ciel se frayant un chemin,

Ih siinl jiarli- en se donnant la main.

Page 1