‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 94 sur 245 · LE BAPTÊME DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LE BAPTÊME DE VOLTAIRE

Air : Les Cloohes da Monastère.

La foule encombre l'église ; Les prêtres sont en émoi :

C'est un garçon qu'on baptise, Fils d'un trésorier du roi.

Le curé court en personne Dire au bedeau : Sonne ! sonne !

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don ! dig don I Don ! don !

Bis.

A la marraine un beau prêtre Dit tout bas : Les jolis yeux !

Madame, vous devez être Un ange envoyé des cieux.

L'enfant qu'un ange patronne Est un saint que Dieu nous donne.

Dig don ! dig don !

Que n'avonsnous un bourdon !

Dig don ! dig don !

Don ! don !

Le curé parle au vicaire :

Ce baptême nous fera 8,edorer croix, reliquaire, Ostensoirs, et cœtera.

Même il se peut que j'accroche De l'argent pour une cloche.

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don ! dig don I Don ! don !

De sa mère, ajoute un diacre, Ce fils aura tout l'esprit.

Qu'à la chaire il se consacre :

Il vengera Jésus-Christ.

Qui sait? à sa voix peut-être Plus d'un bûcher doit renaître.

Dig don ! dig don I Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don ! dig don !

Don ! don !

Ah ! crie un chantre, j'espère Que, nous livrant son cellier, Cet enfant comme son père Un jour sera marguillier.

Qu'à son nom l'honneur s'attache D'un gros marguillier sans tache.

Dig don ! dig don 1 Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don ! dig don !

Don ! don !

Mais du ciel tombe im fantôme !

C'est Rabelais, grand moqueur, Qui leur dit : Dans ce vieux tome J'ai chanté jadis au choeur.

Sur cet enfant qu'on baptise Dieu veut que je prophétise.

Dig don ! dig don 1 Que n"ave/.-vous un bourdon !

Dig don ! dig don I Don ! don !

Nous nommons François-Marie Ce garçon, dit le parrain.

Le fantôme se récrie :

De tels noms ne lui vont brin.

La Gloire, à son baptistère, Lui donnera nom Voltaire.

Dig don ! dig don !

Que n'avez-vous un bourdon I Dig don ! dig don !

Don ! don 1

Ce Rabelais, qu'on l'arrête !

Dit le curé s'échauflfant.

Pour nous un dîner s'apprête Chez le père de l'enfant ; De cadeaux il nous accable :

Baptisons, fiU-ce le diable !

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don ! dig don!

Don ! don !

Dans ce marmot, tète énorme, Germe un puissant écrivain Qui doit, en fait de réforme, Passer Luther et Calvin.

Sots préjugés, il vous sape.

Gare à vous, monsieur du pape !

Dig don ! dig don 1 Que n'ave/.-vous un bourdon I Dig don ! dig don !

Don ! don !

Le fantôme, qui s'envole.

Crie aux prêtres : Avant peu, Voltaire, encore à l'école, En jouant y met le feu.

Ce feu chez vous va s'étendre :

Aux cloches il faut vous pendre.

Dig don 1 dig (Il m !

Que n'avez-vous un bourdon !

Dig don ! dig don !

Don ! don !

N.-H. —Voltaire, né en février 1694, était d'apparence si frêle qu'on se contenta de l'ondoyer en famille. Son baptême neut lieu qu'en novembre de la même année, à Saint-André-des-Arcs. Son père, noiaire d'abord, devint trésorier de la Cour des Comptes.

'ïp-

LES CHANSONS DE BEHA.NGEU

LA SAINTE-ALLIANCE DES PEUPLES

Page 1