LE BAPTÊME DE VOLTAIRE
Air : Les Cloohes da Monastère.
La foule encombre l'église ; Les prêtres sont en émoi :
C'est un garçon qu'on baptise, Fils d'un trésorier du roi.
Le curé court en personne Dire au bedeau : Sonne ! sonne !
Dig don ! dig don !
Que n'avons-nous un bourdon !
Dig don ! dig don I Don ! don !
Bis.
A la marraine un beau prêtre Dit tout bas : Les jolis yeux !
Madame, vous devez être Un ange envoyé des cieux.
L'enfant qu'un ange patronne Est un saint que Dieu nous donne.
Dig don ! dig don !
Que n'avonsnous un bourdon !
Dig don ! dig don !
Don ! don !
Le curé parle au vicaire :
Ce baptême nous fera 8,edorer croix, reliquaire, Ostensoirs, et cœtera.
Même il se peut que j'accroche De l'argent pour une cloche.
Dig don ! dig don !
Que n'avons-nous un bourdon !
Dig don ! dig don I Don ! don !
De sa mère, ajoute un diacre, Ce fils aura tout l'esprit.
Qu'à la chaire il se consacre :
Il vengera Jésus-Christ.
Qui sait? à sa voix peut-être Plus d'un bûcher doit renaître.
Dig don ! dig don I Que n'avons-nous un bourdon !
Dig don ! dig don !
Don ! don !
Ah ! crie un chantre, j'espère Que, nous livrant son cellier, Cet enfant comme son père Un jour sera marguillier.
Qu'à son nom l'honneur s'attache D'un gros marguillier sans tache.
Dig don ! dig don 1 Que n'avons-nous un bourdon !
Dig don ! dig don !
Don ! don !
Mais du ciel tombe im fantôme !
C'est Rabelais, grand moqueur, Qui leur dit : Dans ce vieux tome J'ai chanté jadis au choeur.
Sur cet enfant qu'on baptise Dieu veut que je prophétise.
Dig don ! dig don 1 Que n"ave/.-vous un bourdon !
Dig don ! dig don I Don ! don !
Nous nommons François-Marie Ce garçon, dit le parrain.
Le fantôme se récrie :
De tels noms ne lui vont brin.
La Gloire, à son baptistère, Lui donnera nom Voltaire.
Dig don ! dig don !
Que n'avez-vous un bourdon I Dig don ! dig don !
Don ! don 1
Ce Rabelais, qu'on l'arrête !
Dit le curé s'échauflfant.
Pour nous un dîner s'apprête Chez le père de l'enfant ; De cadeaux il nous accable :
Baptisons, fiU-ce le diable !
Dig don ! dig don !
Que n'avons-nous un bourdon !
Dig don ! dig don!
Don ! don !
Dans ce marmot, tète énorme, Germe un puissant écrivain Qui doit, en fait de réforme, Passer Luther et Calvin.
Sots préjugés, il vous sape.
Gare à vous, monsieur du pape !
Dig don ! dig don 1 Que n'ave/.-vous un bourdon I Dig don ! dig don !
Don ! don !
Le fantôme, qui s'envole.
Crie aux prêtres : Avant peu, Voltaire, encore à l'école, En jouant y met le feu.
Ce feu chez vous va s'étendre :
Aux cloches il faut vous pendre.
Dig don 1 dig (Il m !
Que n'avez-vous un bourdon !
Dig don ! dig don !
Don ! don !
N.-H. —Voltaire, né en février 1694, était d'apparence si frêle qu'on se contenta de l'ondoyer en famille. Son baptême neut lieu qu'en novembre de la même année, à Saint-André-des-Arcs. Son père, noiaire d'abord, devint trésorier de la Cour des Comptes.
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LES CHANSONS DE BEHA.NGEU
LA SAINTE-ALLIANCE DES PEUPLES