‹ Les chansons de croisadeChapitre 10 sur 145 · CHEVALIER, MULT ESTES GUARIZ · texte numérisé non relu

CHEVALIER, MULT ESTES GUARIZ

Manuscrit unique :Erfurt, 0,2, Fac-similé des douze premiers vers dans les Exempla codiaun Amplonianorum Er/iirtensium saeculi IX.-XV, publiés par Wilhelm Schulm, Berlin, 1882, planche XII. Fac-similé de la pièce entière dans Les plus anciens monuments de la musique française, publiés par Pierre Aubry, Paris, 1905, planche III.

Editions : Haupt, Berichte ûber die Verhandlungen der kon. sachsischen Gesellschaft der Wissejischaften zu Leipzig, 1846, p. 141 ; Paul Meyer, p. 366.

Versification : Strophes de 8 vers de 8 syllabes, sur deux rimes : ahahahah, avec un refrain de 4 octosyllabes (abab), qui reproduit les deux rimes (-iz, -ur) de la strophe I. Le poète se contente fréquemment d'assonances (w. 1,4, 14, 15, 18, 41, etc.) Par là, par le type grossier de strophe qu'il a choisi, par le fait que les rimes changent à chaque strophe, il apparaît qu'il n'a rien emprunté à la technique provençale.

Origine. — Le manuscrit est de la seconde moitié du XI I""* siècle (voyez Schulm, ouv. cité). Le copiste était un Anglo-Normand, comme l'indiquent, entre autres traits, la notation presque cons-

tante de (? fermé par M, les formes aveir 6, reis 2^, etc., l'état de délabrement de la déclinaison à deux cas {giiariz i, Deu 2 etc.), la réduction de -/^ à -^dans/^m^2: 18, drecez 20, etc. Mais le poète écrivait sur le continent : voyez les vv. 2^-8, où il parle de Louis VII comme de son roi, et la strophe II, bâtie sur les rimes ez, ïez, où l'alternance régulière des mots de l'une et de l'autre catégorie prouve que, au rebours du copiste anglo-normand, il distinguait fort bien les deux sons.

Date. — La chanson se rapporte aux événements qui ont amené la seconde croisade.Un enfant de quinze ans,Baudouin III, régnait à Jérusalem, quand, le jour de Noël 1144, l'atabek de Mossoul,Iniad-Eddin-Zenghi (le Sanguin du v. 42),enleva Edesse (Rohais) et la ruina. Le retentissement de ce désastre dans la chrétienté provoqua la prédication de saint Bernard, et, dans le même temps, notre chanson. On peut tenter de préciser davantage la date oii elle fut composée.

C'est le 25 décembre 1145 que Louis VII, dans une assemblée d'évèques et de barons, à Bourges, annonça pour la première fois son intention de se croiser. Mais il rencontra de vives résistances, et toute décision fut renvoyée à une nouvelle assemblée, qui se tiendrait, à Pâques, à Vézelay. Le 2 mars 1 146,1e pape Eugène III approuva par un bref le projet du roi et chargea Bernard, abbé de Clairvaux, de prêcher la croisade. A Pâques, Louis VII prend la croix à Vézelay. C'est le i^'' mai que saint Bernard écrit au pape sa célèbre lettre : « J'ai ouvert la bouche, j'ai parlé, et aussitôt les croisés se sont multipliés à l'infini. Les villes et les bourgs sont déserts. Vous trouveriez difficilement un homme contre sept femmes. On ne voit partout que des veuves de maris vivants... » Puis, saint Bernard va prêcher en Allemagne, et c'est le 28 décembre que l'empereur Conrad III déclare publiquement qu'il prend la croix. Enfin, le 12 juin 1147, Louis VII, ayant reçu

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