XX. — EN CHANTANT VEIL MON DUKL FAIRK
Tyr, le résumé des événements qui ont provoqué notre chanson et qui l'expliquent.
Les croisés avaient débarqué à Acre en septembre 1239. Ils entreprirent de marcher au sud pour relever de ses ruines la place forte d'Ascalon. Quand ils furent à Jaffa, le comte Pierre de Bretagne apprit qu'une caravane passait aux environs : il l'enleva, le 4 novembre, et ramena un riche butin. Ce succès éveilla la jalousie de ses compagnons, et le duc Hugues de Bourgogne, le comte Amauri de Monfort, le comte Henri de Bar, Philippe de Nanteuil et d'autres hauts hommes voulurent en obtenir un plus beau : pénétrer en plein territoire ennemi, près de Gaza, et enlever les troupeaux que l'on menait paitre le matin. Thibaut de Champagne, les maîtres des trois principaux ordres militaires, les barons syriens les supplièrent de renoncer à cette entreprise. Ils ne voulurent pas écouter ces conseils, et chevauchèrent toute une nuit. Au matin (le 13 novembre), « il (i) se mistrent en un estroit lieu qui estoit avirounez de montaignes qui n'estoient mie moult hautes d'une part et d'autre, ne n'i avoit se sablon non. Cil qui les conduisoient leur distrent que il estoient près de Gadres et près de ce pasturage ou il aloient. Quant il sorent ce, il s'acorderent que il descendroient et arresteroient pour eulz et pour leur chevaus repouser et tant que les bestes fussent gitees es champs et que les gens fusent a leur labourages. Il s'aresterent et descendirent. Li riche home firent mettre les napes et s'asistrent au manger, car il avoient assez porté pain et gelines et chapons et char cuite, fromages et vin en bouciaus et en bariz sur sonnnicrs et sur autres voitures. Li un manjoient, li autre dorinoient, li autre atiroient leur chevaus : tant i avoit d'ourgueil et de bobaii en eulz que il doutc^ient ou peu ou nient leur anemis en cui terre il estoient aie bien a\ant, qui! estoient moût près d'eulx. Bien s'aparçurent que Xostres Sires ne