‹ Les chansons de croisadeChapitre 116 sur 145 · XXII. — TOUS LI MOXS DOIT Mh;NKR JOIK · texte numérisé non relu

XXII. — TOUS LI MOXS DOIT Mh;NKR JOIK

La terre seur Sarrasins ; Bien ait qui m'i aidera ! »

Tuit furent joiant et lié 52 Quant il oïrent le roi,

Et si se tindrent tuit coi,

Fors sa mère au cors dougié ;

Doucement l'a embrachié :

56 <( Beax fis, entendes a moi :

Je vous dourrai de deniers

Chargiés quarante somiers

— Bonement le vous otroi — 60 A doner as soudoiers. »

Chascuns a cheste nouvele

Doit estre bien esbaudis,

Quar, issi com m'est a vis, 64 Ele est avenant et bêle.

Moût sera en haute sele

Devant Dieu en parais

Qui respandra sa cer\ ele 68 Ou son sanc ou sa boucle

En la terre ou eu jxiïs :

La Dieus nascjui de s'ancele.

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TRADUCTION

I, Tout le monde doit se livrer à la joie et être en liesse : le roi de France est croisé pour aller en cette voie où celui-là ne s'emploie pas, que son péché retient par derrière. Celui qui se noie en mer est sauvé. 11 me tarde beaucoup d'être là-bas ; c'est là-bas que Dieu fut crucifié : il n'y a personne qui n'ait le devoir d'y aller.

Ij Xe savez-vous pas l'aventure qui a fait se croiser le roi ? Il est

loyal et intègre et vraiment prud'homme ; aussi loin que va son royaume, il est aimé et prisé ; il mène, sachez-le, sainte vie, nette et pure, sans péché et sans tache, car il n'a cure de vilenie.

III, Il eut une maladie qui lui dura longuement, et c'est pourquoi il se croisa, car plus d'une heure s'écoula, pendant laquelle on le crut sans vie ; quelqu'un dit : « il est trépassé ! » Dame Blanche, la belle, qui est sa mère et son amie, s'écria douloureusement : « Fils, quelle dure séparation ! »

ly, Tous crurent en vérité que le roi était mort. Un drap fut jeté sur lui et l'on pleurait tristement. Toute sa gent entra ; jamais tel deuil ne fut mené. Le comte d'Artois dit au roi très doucement : « Beau doux frère, parlez-moi, si Jésus le vous permet ! y>

Y. — Alors le roi soupira : « Beau frère, doux ami, où est l'évêque de Paris ? Faites vite ; il me croisera, car mon esprit a été longuement outre mer et mon corps y ira, s'il plaît à Dieu, et conquerra la terre sur les Sarrasins ; béni soit qui m'y aidera ! »

YI. — Tous furent joyeux et remplis d'aise quand ils ouïrent le roi, et tous se tinrent silencieux, sauf sa mère au corps déhcat ; elle l'a doucement embrassé : « Beau fils, écoutez-moi : je vous donnerai quarante bêtes de somme — je vous l'octroie de bon cœur — chargées de deniers à donner aux soudoyers. »

YII. — Chacun à cette nouvelle doit être bien heureux, car elle est, en vérité, avenante et belle. Il sera mis en haut siège devant Dieu, au paradis, celui qui répandra sa cervelle ou son sang ou ses entrailles au pays où Dieu naquit de sa servante.

REMARQUES Y. 6. Detriés est une conjecture ingénieuse de M. Suchier ; celle-ci.

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