‹ Les chansons de croisadeChapitre 118 sur 145 · DE JOIE · texte numérisé non relu

DE JOIE

Raynaud : 1729.

Manuscrit. H : Modène, Bibliothèque d'Esté, fonds étranger, 45 L. R. 4. 4., f' 220 r". Je dois une copie de cette pièce à l'obligeance de Miss Jessie L. Weston.

Edition. M. Jules Camus a imprimé cette pièce dans un article intitulé Notices et extraits de manuscrits français de Modène {Revue des langues roniaties, 1891, p. 24 1;.

Versification. Chaque couplet a neuf vers de dix syllabes sur des rimes ainsi disposées : ababbahab. Le manuscrit donne six strophes (nous les désignons par le dernier mot du premier vers de chacune d'elles) dans cet ordre :

Joie, desconforteCy sei^rnoric, baillie, acordcr, csperduz.

C'est une disposition visiblement fautive. D'ailleurs, si on laisse le couplet csperduz à la fin de la |)ièce, la suite des pensées est plus singuhère encore que la construction rythmique de la pièce. C'est p()urc[uoi nous proposons la restitution que voici : la j^ièce est à coblas doblas et se composait primitivement de six couplets (24-24- 2) et d'un envoi :

Strophe I : sur les rimes - oie, - ent,

» II : sur les rimes - oie, - ent (strophe perdue).

» III : sur les rimes - ee, - icz.

» IV : sur les rimes - ee, - z/2 (les vers 1-4 manquent).

» V : sur les rimes - ie, - er.

» VI : sur les rimes - ie, - er. Envoi : reproduisant, suivant la règle, la syrma de la strophe VI.

Auteur et date. — Cette chanson, relative, comme la précédente, à la prise de croix de Louis IX, peut avoir été écrite fort peu de temps après. Pourtant, rien ne s'oppose à ce qu'elle l'ait été à une assez longue distance de l'événement, le dernier terme étant le 12 juin 1248, jour où saint Louis prend l'écharpe et le bourdon à Saint-Denis et part (i).

Si le texte, souvent altéré par le copiste italien, est exact aux vers 50-51 :

Paris lui veut an bone foi loer Que maint ses oz...

il indique que la pièce est d'origine parisienne (voy. aussi le V. 32).

La versification en est très savante. Pourtant elle offre des traits bien populaires, cette idée que le soudan de Turquie se fera baptiser comme un Sarrasin de chanson de geste, ce rêve de conquérir et Turquie et Persie et de couronner le roi au Caire. Je me représente volontiers l'auteur comme un jongleur parisien, ressemblant à Rutebeuf, et qui colportait sa chanson par les rues et les places.

1 . Le vers 55, L'empereur face au pape acorder^ fait penser à cette conférence de Cluny, en novembre 1245, où pendant quinze jours Louis IX chercha avec Innocent IV le moyen de le réconcilier avec Frédéric II. Mais pendant toute la période de 1244 à 1248, le roi de France a été considéré comme un médiateur entre les deux adversaires.

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