XXIII. — UN SERVENTOIS, PLAIT UE DEDUIT, DE JOIE
Paris lui veut en bone foi loer Qu'il maint ses oz grant erre en Romanie. 52 Legierement la porra conquester Et batisier le sodant de Turquie ; Par ce porra tôt le monde aquiter.
L'empereor face au pape acorder, 56 Puis passera la mer a grant navie ; Ne le porront li païen endurer ; Tôt conquerra et Turquie et Persie :
En Babiloine ira por coroner.
50 lu — .■)! (Y/, p.ir terre romanie — .")2 [xjra — ô3 baticer — 04 Por li tôt se m. ^*^. — 57 porrunt — 58 le premier oX manque — 59babil(mie.
TRADUCTION
I. — Par Tordre de Dieu, je commencerai un serventois, plaidoyer de liesse et de joie, en sorte que Dieu nous enseigne la droite voie pour aller à lui sans nul encombre. Allons-nous en tous, et sans délai, avec celui qui nous appelle et implore, tout prêts aux lieux où il veut assembler ses hommes. Comme récompense, pour notre siilnt, il nous octroyé paradis à jamais.
II ï. — Jérusalem, (juel déconfort pour toi ! C'est sur toi (ju'est toml)o le désastre. Chrétienté t'a trop vilainement abandonnée : le Saint Si^pulcre, qui jadis était tenu en si grande vénération, est perdu. C'est à Iwn droit que jadis on te servait et t'honorait, puisque c'est en toi que Dieu fut crucifié. Maintenant les païens t'ont ravagée et ruinée, ^fauvuise ri'compense leur sera payée !
IV. — ... quand le roi de Paris fut dans un état désespéré et qu'ils croyaient (jue son àme était partie ; ei, quand il fut revenu en vie, il requit la croix, et celui (|ni avait été témoin de si l>eaux mimcl«»s In lui donna.
Y. — France, tu dois bien avoir haufce gloire ; par-dessus tout tu mérites d'être honorée : car c'est de toi que Dieu requiert secours et aide pour délivrer sa terre des païens. C'est pour cela qu'il a fait ressusciter le roi. Il a pris la croix pour amender sa vie, et s'en ira, s'il plaît à Dieu, outre mer. Tous ses barons lui feront compagnie ; le comte d'Artois guidera ses armées.
YI. — Yers le riche roi qui gouverne la France, va, serventois, conter ton message : qu'il n'oublie pas la terre de Syrie ; il ne peut longuement demeurer ici. Paris lui conseille loyalement de mener vite ses armées en Romanie. Il pourra facilement la conquérir, baptiser le Soudan de Turquie, et par là, affranchir le monde.
^\. — Qu'il réconcilie le pape avec l'empereur, puis il passera la mer avec une grande flotte ; les païens ne pourront lui résister ; il conquerra et Turquie et Perse ; il ira se faire couronner à Babylone.
REMARQUES
Y. 1. Plait de déduit peut-il subsister ? Ou faut- il \\vq fait ou flain ?
Y. 4. A li alei\ dit le manuscrit. On peut conserver cette leçon, en admettant que a a dans la phrase une fonction double (cf. A. Tobler, Mélanges de graramaire française^ 1905, p. 277 : « Por Dieu passm^ai mer Au Temple converse?' »). Mais les exemples de cette construction ànb xoivoO sont trop rares pour qu'on en reçoive un dans un texte aussi incertain que le nôtre.
Y. 8. Le manuscrit porte amauti. Notre conjecture semble acceptable paléographiquement et autrement.
Y. 22. On peut aussi proposer : Li sépulcres Damedeu est polluz. Il est nécessaire de corriger, mais on ne peut ici le faire sûrement. De même au V. 24.
Y. 35. C'est de l'évêque de Paris qu'il est ici parlé.
Y. 45. Ce vers prend une triste valeur quand on songe à la bataille de Mansourah.
XXIir. — UN 8KRVKNT0IS, PLAIT DE DEDL'IT DK JOIE '2'tb
V. 51. Correction trop forte, sans doute. Mais il est impossible de lire par terre en Romanie. Il n'a jamais été (juestion \)o\xt le roi de prendre la route de terre et, d'ailleurs, voyez le v. 5G.
V. 58. Persie. Il entrait bien dans les projets de Louis IX de s'aventurer jusqu'en Perse (voy. Joinville, §§ 474, 528, etc.).
V. 59. Bahiloine : c'est le nom (^ue portait le Vieux-Caire au moyen âge et déjà dans l'antiquité.