VI. — PARTI DE MAI. ET A 151 EX ATL'RNK
largesses les seigneurs anglais qui avaient suivi le parti de son père. A ce moment; on conçoit que le poète, sans distinguer entre ceux de ses seigneurs qu'il a combattus et ceux qu'il a servis, puisse dire que c'est par amour pour eux qu'il a pris part à leurs querelles. — Une autre explication, plus simple, serait qu'il était vassal de deux seigneurs du même parti.
Musique. M. Hugo Riemann, faisant dans le Miisikalisches Wochcnblatt àw 23 novembre 1905, le compte rendu de notre publication : Les plus anciens monuments de la musique française, avance que la notation de cette composition appartient au même système que celle du manuscrit de Colmar, publié par M. Paul Runge, sous ce titre : Die Sangesweisen der Colmar er Handschrift (Leipzig, 1896). Or, le manuscrit de Colmar est du XV ou du xvi'" siècle, et le copiste de notre chanson vivait au xiT' siècle ! Kn second lieu, le manuscrit de Colmar et la notation qu'il renferme sont d'origine allemande, tandis que le chant de croisade étudié ici est dû à un poète anglo-normand et à un scribe anglo-normand ! Et, de fait, le rapprochement le plus légitime qu'il soit possible de faire, est celui de ce fragment mélodique avec la notation du prosaire de Saint-Evroult (Paris, Bibl. nat. lat. 10508), manuscrit normand du xir siècle. Nous estimons, en raison du temps où vécut le poète et où le manuscrit fut composé, que c'est encore dans la théorie ancienne de la valeur de la longa qu'il convient d'interpréter cette pièce. Voir à l'appendice.
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l'ar-ti de mal c a bien a- tur- ne, Voil ma chançuii a la j;ent l'ere o- ir,
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K'a sim bcsuini;- nus ad I)cll^ a- pc-lc, Si ne li dcil nul pro>do-mc faillir.
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Kar en la cruiz deignat pur nus mu-rir : Mult li doit bien es-tre gue-re-
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do- né, Kar par sa mort su-mes tuz ra-clia-té.
Parti de mal e a bien aturné, Voil ma chançun a la gent fere oïr, K'a sun besuing nus ad Deus apelé, 4 Si ne li deit nul prosdome faillir,
Kar en la cruiz deignat pur nus mûrir : Mult li doit bien estre gueredoné, Kar par sa mort sûmes tuz rachaté.
8 Cunte, ne duc, ne li roi coruné, Ne se poent de la mort destolir, Kar, quant il un t grant trésor amassé, Plus lur covient a grant dolur guerpir. 12 Mielz lur venist en bon ius départir, Kar, quant il sunt en la terre buté, Ne lur valt puis ne chastel ne cité.
Allas ! cheitif, tant nus sûmes pené i6 Pur les deliz de nos cors acumplir,
Ki mult sunt tost failli e trespassé,
Kar adès voi le plus joefne enviellir !
Pur ço fet bon parais deservir, 20 Kar la sunt tuit 11 gueredon dublé;
Mult en fet mal estre déshérité.
Vr. — PARTI DE MAL KT A BIKN ATL'KNK 7X
Mult ad le quoer de bien enluminé Ki la criiiz prent pur aler Deu servir,
24 K'al jugement ki tant iert reduté,
U Deus vendrat les bons des mais partir, Dunt tut le mund deit trembler e frémir, Mult iert huni ki serat rebuté,
28 K'il ne verad Deu en sa maesté.
Si m'ait Deus, trop avons demuré D'aler a Deu pur la terre seisir Dunt li Turc l'unt eissiellié e geté 32 Pur noz péchiez ke trop devons haïr. La doit chascun aveir tut sun désir, Kar ki pur lui lerad sa richeté Pur voir avrad parais conquesté.
36 Mult iert celui en cest siècle honuré Ki Deus donrat k'il puisse revenir.
Ki bien avrad en sun païs amé Par tut l'en deit menbrer e suvenir ;
40 E Deus me doinst de la meillur joïr, Que jo la truisse en vie e en santé, Ouant Deus avrad sun afaire achevé !
E il otroit a sa merci venir 44 Mes bons seignurs que jo tant ai amé K'il bien petit n'en oi Deu oblié !
26 deit mamiuc — 27 huiii koi — 2M Ki — 37 donit ke il — H Q U —
TRADUCTION
I. — Séparé du mal et disposé au bien, je veux faire ouïr ma chanson au peuple, puisque Dieu nous a appelés à son aide et nul preudome (1) ne doit lui faillir ; il a daigné pour nous mourir sur la croix : il convient qu'il en ait récompense, car par sa mort nous sommes tous rachetés.
II. — Comtes, ni ducs, ni les rois couronnés ne peuvent se dérober à la mort : quand ils ont amassé grand trésor, c'est à plus grande douleur qu'il leur faut l'abandonner. Mieux leur vaudrait ......
car, quand ils sont boutés en terre, peu leur sert château ou cité.
III. — Hélas ! malheureux, nous nous sommes tant travaillés pour satisfaire aux plaisirs de nos corps qui si tôt manquent et si tôt sont passés, car je vois le plus jeune vieillir ! C'est pourquoi il fait bon mériter paradis, car là tous les services sont payés au double ; c'est grand'pitié d'en être déshérité.
IV. — Celui-là a le cœur illuminé par le bien qui prend la croix pour aller servir Dieu, car au jugement qui tant sera redouté, où Dieu viendra séparer les bons des méchants, de quoi le monde entier doit trembler et frémir, il aura grand honte, celai qui sera repoussé : il ne verra pas Dieu en sa majesté.
V. — Par Dieu, nous avons trop tardé d'aller à Dieu pour saisir la terre dont les Turcs l'ont exilé et chassé à cause de nos péchés que nous devons tant haïr. Là-bas chacun aura tout son désir accompli, car qui pour lui quittera sa richesse aura en vérité gagné paradis.
VI. — Celui à qui Dieu permettra de revenir sera grandement honoré dans le siècle. Qui aura aimé d'amour loyale en son pays doit en garder partout le souvenir. Que Dieu me donne de jouir de la meilleure des dames, en sorte que je la retrouve en vie et en santé, quand Dieu aura achevé sa besoarne !
Et qu'il accorde la grâce de venir en sa merci à mes bons seigneurs, que j'ai tant aimés que j'ai failli en oublier Dieu !
1. On sait le beau sens ancien du mot, dont il est impossible de donner un équivalent exact. Voyez Join ville. § 560.