‹ Les chansons de croisadeChapitre 40 sur 145 · PARTI DE MAL ET A BIEN ATURNÉ · texte numérisé non relu

PARTI DE MAL ET A BIEN ATURNÉ

Raynaud : 401.

Manuscrit. Londres, Musée britannique, Harl. 17 17. Sur le dernier feuillet de ce manuscrit, qui contient la Chronique des ducs de Normandie, de Benoît de Sainte-More, un copiste anglo-normand (voy. les notations fréquentes d'o fermé rendu par u, les fautes contre la déclinaison à deux cas, v. 1,4, 7, 26, 33, etc.) a transcrit la seule copie que nous ayons de cette chanson. Un fac-similé partiel en a été publié dans Earlx english Harmony (London, Ouaritch, 1897) î ^^^^ fac-similé complet dans Les plus anciens monnments de la musique fra7içaise (Paris, 1905, pi. IV).

Editions. Abbé de la Rue, Essais historiques sur les bardes, t. II (1834), p. 197 ; Leroux de Lincy, p. 109 ; Ed. du Méril, Poésies latines inédites, t. I (1843), p. 414, note ; Fr. Michel, Chronique des ducs de Normandie, t. III (1844), p. 459 ; Crépet, Les poètes français, t. I (1861), p. }fi.

Versification. Six strophes de sept décasyllabes, toutes cqustruites sur les mêmes rimes, ê, ir, ainsi disposées : ababbaa. Envoi : baa.

Origine et date. Le poète était, comme le copiste, un Anglo-Normand, connue le prouvent six fautes contre la

déclinaison à deux cas, attestées par les rimes (v. i, 3, 24, 26, 36), et par la mesure (v. 36). On ne saurait faire remonter jusqu'à la seconde croisade une pièce d'une construction métrique si raffinée, et, d'autre part, les vers de l'envoi semblent se référer aux circonstances de la troisième croisade :

E Deus otroit a sa merci venir

Mes bons seignurs, que jo tant ai amé

K'a bien petit n'en oi Deu oblié.

Quels sont, en effet, ces seigneurs du poète qui ont besoin de se rendre à la merci de Dieu ? et comment le poète peut-il dire qu'à force de les aimer, il a failli oublier Dieu ? L'amour, même passionné, d'un vassal pour son suzerain n'a rien, à l'ordinaire, qui offense Dieu, au contraire. Ces vers prennent un sens, si l'on suppose que ces seigneurs sont Henri II et ses fils et si l'on se rappelle que, depuis la conférence de Bonmoulin (11 novembre 1188) jusquà la mort d'Henri II (6 juillet 1189), Richard Cœur de Lion n'a pas cessé de combattre son père et ses frères Geoffroi et Jean sans Terre. Par ces guerres sacrilèges et qui les ont empêchés de partir pour la croisade, ils ont offensé Dieu et ont besoin de « venir à sa merci » ; et, si l'auteur de la pièce a pris part à ces guerres, il peut bien dire que l'amour de ses seigneurs a failli lui faire oubher Dieu, c'est-à-dire son propre vœu de croisé. Pourtant, s'il se reproche ici d'avoir pris part à ces querelles, c'est donc qu'il était de l'un ou de l'autre parti : il est bizarre en cette hypothèse qu'il dise qu'il s'est laissé entraîner par l'amour de « ses y> seigneurs indistinctement. Pour l'exphquer (si tant est que nous n'ayons pas déjà trop pressé le sens de ces trois vers), on peut supposer que la pièce aurait été écrite après le 6 juillet 1189, dans la période de réconcihation qui précède, accompagne et suit les fêtes du couronnement de Richard à Londres (3 septembre 1189) : Richard comble alors de ses

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