SEIGNOR, SAICHIÉS QI OR NE S'EN IRA
Raynaud : 6.
Manuscrits: M, T, 0, K, N, V, X, S.
Editions. La Ravallière, p. 132 ; P. R. Aiiguis, Les poîtcs français depuis le Xir^ siècle, t. II (1824), p. 4 ; Leroux de Lincy, p. 125 ; Tarbé, p. 124 ; P. Meyer, p. 370 ; Bartsch et Horning, La langue et la littérature françaises, p. 384.
Versification. Cinq strophes de sept décasyllabes, plu? un envoi. Formule ababccb. Les rimes changent de deux en deux strophes. Le même mot (inorit) se trouve deux fois aux rimes de la même strophe (v. 16 et v. 22).
Classement des manuscrits. Les variantes sont trop rares et trop peu significatives pour qu'il soit possible de classer ces huit copies de notre chanson. On peut remarquer pourtant que les manuscrits KNVX ïoxmewi groupe, ici comme ailleurs (voy., par exemple, au v. 9). On peut croire cjuil y a au V. 19 une faute commune à tous les manuscrits.
L'Auteur et la Datk. Thil)aut IV, comte de Champagne et roi de Navarre, est assurément l'auteur de cette chanson et des trois que nous publions après celle-ci (^voyez la Bibliographie de G. Raynaud et l'ouvrage d'I^:d. Schwan : Altfranzasischt
Liederhandschriften. Il suffira de rappeler en quelques mots ces circonstances historiques. Dès la fin de 1230, Thibaut, par une clause de son traité de paix avec ses ennemis, s'était engagé à se croiser (i). Il n'est donc pas impossible, à la rigueur, que la chanson Seignor, saichiés,.., qui est une excitation à la croisade sans allusion précise aux circonstances du moment, remonte jusqu'à cette époque. C'est peu probable pourtant, car le ton pressant de cette exhortation, les invectives contre les « cendreus » qui « demorront par deçà », supposent que les choses sont assez avancées et que l'expédition est considérée comme prochaine. Or, c'est au plus tôt au commencement de 1235 (2) que Thibaut commença à s'occuper d'accomplir son vœu, à la suite de l'encyclique du 17 novembre 1234, par lequelle Grégoire IX annonçait à la chrétienté son désir d'organiser une croisade. Quatre ans et plus devaient s'écouler avant que Thibaut quittât la Champagne pour le voyage d'outre-mer. Notre chanson a été composée dans cette période, sans qu'il soit possible de préciser davantage. Tout au plus peut-on remarquer que Thibaut passa deux de ces années, de septembre 1236 à septembre 1238, dans son royaume de Navarre, et qu'il s'y est peu occupé de la Terre Sainte.
Musique. Entre les six manuscrits qui nous ont conservé le texte mélodique de cette pièce, il n'y a que de légères variantes. Le texte de O est très précis et d'un haut intérêt pour l'interprétation rythmique de cette chanson.
1. Voyez d'Axbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, t. IV^, p. 277, et R. Rœhricht, Die Kreuzzuge des Gtafen Theohald vo?i JSamrra und Richard von CornwaUAs nach dem heiligen Lande dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, t. XXVI (1886), p. 70.