XV. — SEIGXOR, SAICHIÉS, gi OR NE S'eN IRA
36 Douce dame, roïne coronee, Proiez por nos, Virge bien aùree, Et puis après ne nos puet mescheoir.
»*». — 37 V Soiez, T bone euree. A'.Vhoneuree — 88 S Que p., iSTpuist.
TKADUCTIOX.
I. — Seigneurs, sachez-le, celui (jui ne s'en ira pas maintenant en cette terre où Dieu fut mort et vivant et qui ne prendra pas la croix d'outremer, c'est merveille s'il entrera en paradis. Qui a en soi pitié et souvenir du haut Seigneur doit poursuivre sa vengeance et délivrer sa terre et son pays.
IL — Tous les mauvais resteront par deçà, ceux qui n'aiment ni Dieu, ni bien, ni honneur, ni valeur ; et chacun dit : <( Ikia femme, que fera-telle ? A aucun prix je ne quitterais mes amis. » Ceux-là sont tombc-s en un souci trop vain, car il n'y a pas d'amis, sinon celui-là, en vérité, qui pour nous fut mis en sainte croix.
III. — Maintenant s'en iront les vaillants bacheliers qui aiment Dieu et la gloire de ce monde, ceux qui sagement veulent aller à Dieu ; et les morveux, les couards resteront. Bien aveugle, certes, celui qui ne fait pas en sa vie un seul secours à Dieu et qui pour si peu perd la louanire du monde.
IV. — Dieu se laissa pour nous torturer en croix et nous dira au jour où tous viendront : « Vous qui m'avez aidé à jx^rter ma croix, vous irez là où sont mes anges ; là vous me verrez et ma mère Marie, et vous de qui je n'ai jamais reçu aide, vous descendrez tous en enfer le profond. »
V. — Chacun croit (|u'il restera ici en joie cl que jamais il n'endurera nul mal ; le démon et le péché les tiennent en telle guise (ju'ils n'ont plus ni sens, ni hardiesse, ni force. Beau sire hieii, otez-leur telle pensée, et mettez-nous en votre contrée si Siiintement (|ue nous puissions vous voir.
. — Douce dame, reine couronnée, priez pour nous, N'ierge bienheureuse, et puis après il ne peut phis nous arriver de mal.
REMARQUES
Y. 1. Il vaut mieux ne pas mettre de virgule après Sachiez^ qui commande la proposition subordonnée complétive qui or m s'en ira... etc.
V. 18. Li cendreus. Godefroy ne donne pas d'autre exemple de ce mot. Mais la métaphore qu'il représente est bien connue : cf. Cendrillon, Gaite-tison. Comparez ces personnages de contes populaires ou dç chansons de geste, qui passent leur enfance, assotis, dans les cendres du foyer, jusqu'au jour où leur prouesse se révèle, Foucon de Candie par exemple. Ainsi, dans la Chanson de Guillaume^ l'enfant Gui (v. 1435) est accroupi près du feu, quand il se lève pour haranguer Guillaume ; celui-ci le renvoie en ces termes à ses cendres :
1451 Mielz vus vient, gluz, en cendres a gisir Que tei ne fait mun ctinté a tenir.
Mielz vus vient, gluz, en cendre a reposer Ke ne te fait a tenir ma cunté.