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Les chansons de Guillaume IX

I. Biographie. Guillaume, septième comt$, de Poitiers, neu vicmc duc d'Aquitaine, naquit en C6j) ; il n'avait que quinze

quand il hérita de son père, Guillaume VI(lo86), des domaines

beaucoup plus étendus que ceux du roi de France lui-même1. Mais

il ne possédait à aucun degré les qualités de L'homme d'État et son long règne ne fut qu'une succession, d'entreprises hasardeuses et mal conçues, qtie couronnèrent de lamentables échecs. En 1098, faisant valoir de prétendus droits de sa femme Philippa (ou Mahaut), fille unique de Guillaume IV de Toulouse, il envahit les états de Raimon de Saint-Gilles, qui guerroyait alors en Terre Sainte et les occupa quelque temps ; mais en 1101, cédant sans doute aux injonctions de la papauté, gardienne bénévole des domaines des Croisés, il partit lui-même pour la Palestine, à la tête d'une formidable armée, qui, après un long et pénible voyage à travers l'Europe et l'Asie Mineure, fut taillée en pièces auprès d'Héraclée. Guillaume échappa péniblement au désastre 2, et, après avoir visité Antioche et Jérusalem, il reprit le chemin de l'Europe (1102). En 11 14, il fit une nouvelle tentative sur le comté de Toulouse, alors gouverné par un enfant de douze ans, Alphonse-Jourdain, et il réussit à s'y maintenir quelques années. En 11 19, il fit alliance

1. Ces domaines comprenaient, outre le Poitou et la Gascogne, le Limousin et l'Angoumois. Les comtes de Poitou devaient parler de naissance un dialecte septentrional, mais ils étaient sans doute forcés d'apprendre les divers dialectes méridionaux que parlait plus de la moitié de leurs sujets. Il est intéressant dénoter que c'est dans une langue apprise que Guillaume a composé ses vers.

2. Certains historiens admettent même, d'après un texte assez peu probant d'Orderic Vital, qu'il fut quelque temps prisonnier des Sarrasins.

avec Alphonse [^ d'Aragon et lui amena une armée qui l'aida à triompher d'une redoutable coalition de rois sarrasins. Entre temps et à plusieurs reprises, soit à la suite de ses empiétements sur les droits des églises, soit à cause du relâchement de ses mœurs, il avait été frappé d'excommunication. Il mourut le 10 février 1127, après avoir perdu toutes les conquêtes qu'il avait faites dans le Toulousain.

L'ancienne biographie provençale que nous reproduisons en appendice aux chansons s'exprime, sur le caractère de Guillaume, en termes assez vagues, qui paraissent uniquement inspirés'par la lecture de ses poésies. Les historiens plus rapprochés de lui traduisent en termes plus pittoresques des impressions plus vives et plus nettes. Ce qui paraît les avoir le plus frappés dans le personnage, c'est la légèreté de ses mœurs, le tour plaisant et sarcastique de son esprit, le cynisme de ses propos, toutes choses qui donnaient à ce haut potentat toutes les apparences d'un jongleur. « Hic audax fuit et probus1, dit Orderic Vital, nimiumque jocundus, facetos etiam histriones facetiis superans multiplicibus ». « Nugas porro suas, écrit Guillaume de Malmesbury, falsa quadam severitate condiens, ad facetias revocabat, audientium rictus cachinno dis'tendens ». Et ils ne tarissent pas en anecdotes qui nous le montrent sous ces divers aspects2.

C'est sans doute à la surprise provoquée par ce singulier contraste entre sa condition sociale et le tour d'espiit manifesté par ses œuvres que nous devons de pouvoir lire ses vers, aujourd'hui vieux de huit cents ans, les plus anciens de tous les vers lyriques écrits dans" une langue moderne. Quand, vers le milieu du xme siècle, on se mit à former des anthologies de la poésie provençale, il s'était conservé des œuvres de Guillaume une portion

1. C'est évidemment le mot « preuz » que le chroniqueur latinise ainsi.

2. La plupart des textes relatifs à l'histoire de Guillaume ont été réunis par Hauteserre (voir ci-dessous p. v, n. 4) et par M. Sachse ; les plus importants relatifs à son activité littéraire ont été cités in extenso par Chabaneau, Biographies des Troubadours, p. 6. — Ginguené a donné au tome IX de L'Histoire littéraire (p. 37) un bon résumé des notices historiques antérieures.

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aussi un des poètes provençaux qui ont été le plu pai les critiques modernes. Les historiens du Kvir ei du itvm siècle qui le rencontrèrent sur leur route furent informés d< talent poétique, mais ils mentionnèrent ses œuvres sans les .ivoirines

Tel est le cas, par exemple, de Besly | 1637), llm emprunte mani lestement à Guillaume de Malmesbury et Orderic Vital tout ce qu'il sait de Guillaume poète ', Câseneuve, qui affirme avoir « veû sous

le nom de comte de Poitiers tout plein Je beaux vers dans l'ancien recueil de poésies provençales ; », s'était évidemment borné a les «< voir », sans aller jusqu'à les lire. Le premier qui parait avoir eu ce courage fut le jurisconsulte toulousain Dadin de Hauteserre, qui inséra deux pièces complètes de Guillaume dans son Histoire (T Aquitaine ; c'est peut-être pour se faire pardonner cette témérité qu'il les traite de « bagatelles puériles et séniles + ».

Cette conscience ne devait pas se retrouver chez tous les érudits du xvme siècle. Crescimbeni, qui considère Guillaume comme le plus ancien des « verseggiatori », lui attribue (d'après une fausse interprétation du célèbre passage d'Orderic Vital) « il viaggio di Gerusalemme» et des poésies amoureuses s. On comprend que les véné-

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