‹ Les chansons des rues et des boisChapitre 23 sur 79 · LE LENDEMAIN · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN

Un vaso, flanqué d'un masque.

En faïence de Courtrai, Vieille floraison fantasque Où j'ai mis un rosier vrai,

Sur ma fenêtre grimace, Et quoiqu'il soit assez laid, Ce matin, du toit d'en face, Un merle ami lui parlait.

Le merle, oiseau leste et braque, Bavard jamais enrhumé, Est pitre, dans la baraque Toute en fleurs du mois de mai.

Il contait au pot aux roses Un eff'ronté boniment.

Car il faut de grosses choses Pour faire rire un flamand.

Sur une patte, et l'air farce, Et comme on vide un panier,

110 LKs (;ii\Ns()\s UKS nuKS i; r dks hois.

Il jclait sa vcrvo éparse 1)0 son loit H mon ;ri"eniftr.

(îai'c au mauvais jroiU des merles!

J'omets ses propos liar(lis; Son l)('c somail pou du porlcs, Kt moi, rêveur, jo mo (lis :

La minute est opportune; Je suis à m'éprcndrc enclin; Puisque j'ai cette fortune De rencontrer un malin,

Il faut que je le consulte Sur ma conquête d'hier.

Et je criai : — Merle adulte.

Sais-tu pourquoi je suis fier?

Il dit, gardant sa posture, Seml)lal)le au diahie hoileux :

— C'est |K)ur la mènie aventure Dont Gros-Guillaume est honteux.

Fuis l'éden des anges déchus; Ami, prends garde aux belles filles; Redoute à Paris les fichus, Redoute à Madrid les mantilles.

Tremble pour tes ailes, oiseau,

Et pour tes fils, marionnette.

Crains un peu l'œil de Calypso,

Et crains beaucoup l'nnl de Jeannette.

Quand leur tendresse a commencé, Notre servitude est prochaine.

Veux-tu savoir leur ABC?

Ami, c'est Amour, Baiser, Chaîne.

Le soleil dore une prison.

Un rosier parfume une geôle, Et c'est là, vois-tu, la façon Dont une fille nous enjôle.

Pris, on a sa pensée au vent Et dans l'âme une sombre lyre.

Et bien souvent on pleure avant Qu'on ait eu le temps de sourire.

Viens dans les prés, le gai printemps Fait frissonner les vastes chênes.

L'herbe rit, les bois sont contents, Chantons! ohl les claires fontaines!

LVnfant avril ost le frèro I)i' l'enfant amour; tous doux Travaillent en s«'ns contraire A notre cieur hasardeux.

F/i'iifaiit amour nous rcMid traîtres, I/enfant avril nous rend fous.

Ce sont les deux petits prêtres Du supplice immense et doux.

La mousse des prés exhale Avril, (jui chante drinn diinn.

Kt met une succursale De Cytlière à (Iretna-Cireen.

Avril, dont la fraîche embûche A nos vices pour claqueurs, De ses jietits doi^'ts épluche Nos scrupules dans nos C(eurs.

Cependant il est immense; Cet enfant est un géant:

Il se mêle ù la démence Qu'a rKiernel en créant.

Lorsqu'il faut <|Ui' tout rayonne.

Kt <pie tout paie un trilmt.

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