‹ Les chansons des rues et des boisChapitre 22 sur 79 · CHOSES ÉCRITES A CRÉTEIL · texte numérisé non relu

CHOSES ÉCRITES A CRÉTEIL

Aux joncs échevelant leurs ombres Dans la lumière des flots verts,

Elle accrochait des loques blanches, Je ne sais quels haillons charmants Qui me jetaient, parmi les branches, De profonds éblouissements.

Ces nippes de Paube dorée Semblaient, sous l'aulne et le bouleau.

Les blancs cj^gncs de Cythérée Battant de l'aile au bord de l'eau.

Des cupidons, fraîche couvée, Me montraient son pied fait au tour; Sa jupe semblait relevée Par le petit doigt de l'amour.

On voyait, je vous le déclare.

Un peu plus haut que le genou.

Sous un pampre un vieux faune hilare Murmurait tout bas : Casse-cou!

Je quittai ma chambre d'auberge En souriant comme un bandit ; Et je descendis sur la berge Qu'une herbe, glissante, verdit.

Je pris un air incendiaire, Je m'adossai contre un pilier, Et je lui dis : « — 0 lavandière!

(Blanchisseuse étant familier)

« L'oiseau gazouille, l'agneau bêle, Gloire à ce rivage écarté!

Lavandière, vous êtes belle, Yotre rire est de la clarté.

« Je suis capable de faiblesses.

0 lavandière, quel beau jouri

Les faiivellcs sont des drAIesses Qui chaiileiU des chaiisuns d'umour.

« Voilà six mille ans que les roses Conseillent, en se prodifruant, I/ainour aux Cd^urs les plus moroses.

Avril est un vieil intrigant.

« Les rois sont ceux <iu'adorenl colles Qui sont charnianles comme vous; La Marne est jtleine dV-tincolles; Femme, le ciel imnu'nsc est doux.

« O laveuse à la taille mince.

Qui vous aime est dans un jialais.

Si vous voidie/, je serais prince:

Je serais dieu, si tu voulais. » —

La blanchisseuse, g:aie et tendre, Sourit et, dans le hameau noir.

Sa mère au loin cessa d'entendre Le bruit vertueux du battoir.

Les vieillards grondent et reprochent.

Mais, o jeunesse! il faut oser.

Deux .sourires qui se rapprochent Finissent jiar faire un baiser.

.le m'arrête. L"id>llc est douce.

Mais ne veut pus, je vous le dis.

Qu'au <ielà du baiser on pou.^sc La peinture du paradis.

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