ORPHÉE, AU BOIS DE CAYSTRE
Offre à Molière la rime, Étonnement de Boileau.
Le vieux Dante, à qui les âmes Montraient leur sombre miroir, Voyait s'évader des femmes Entre les branches le soir.
André Chénier sous les saules Avait l'éblouissement De CCS fuyantes épaules Dont Virgile fut l'amant.
Shakspeare, aux aguets derrière Le chêne aux rameaux dormants, Entendait dans la clairière De vagues trépignements.
0 feuillage, tu m'attires ; Un Dieu t'habite; et je crois Que la danse des satyres Tourne encore au fond des bois.
Mvxn
Psyché dans ma clianibre est entrée, El j'ai dit à ce pa[iiIlon :
« — Nomme-moi la chose sacrée.
Est-ce l'ombre? est-ce le rayon?
« Est-ce la musique des lyres?
Est-ce le parfum de la fleur?
Quel est entre tous les délires Celui qui fait Thommc meilleur?
« Oiicl est l'encens? quelle est la flaninn'?
Et Torgaiie de l'avatar,
Et pour les souffrants le dictame,
Et pour les heureux le nectar?
a Enscifrne-moi ce qui fait vivre, Ce fpii fait que l'ceil brille et voit. Enseifrne-moi l'endroit du livre Où Dieu pensif pose son doii,'l.
v O'i'cst-cc qu'en sortant de Prirèbe Dante a trouvé de plus complet?
Quel est le mot des sphinx de Thèbe Et des ramiers du Paraciet?
Quelle est la chose, humble et superbe, Faite de matière et d'éther, Où Dieu met le plus de son verbe Et l'homme le plus de sa chair?
« Quel est le pont que l'esprit montre, La route de la fange au ciel, Où Vénus Astarté rencontre A rai-chemin Ithuriei?
« Quelle est la clef splendide et sombre, Comme aux élus chère aux maudits, Avec laquelle on ferme l'ombre Et l'on ouvre le paradis?
« Qu'est-ce qu'Orphée et Zoroastre, Et Christ que Jean vint suppléer, En mêlant la rose avec l'astre, Auraient voulu pouvoir créer?
« Puisque tu viens d'en haut, déesse, Ange, peut-être le sais-tu?
0 Psyché ! quelle est la sagesse?
0 Psyché ! quelle est la vertu ?
« Qu'est-ce que, pour l'homme et la terre, L'infini sombre a fait de mieux?
Quel est le chef-d'œuvre du père?
Quel est le grand éclair des cieux? »
Posant sur mon front, sous la nue.
Ses ailes qu'on ne peut briser.
Entre lesquelles elle est nue, Psyché m'a dit ; C'est le baiser.
Aux champ?, compagnons et compagnes!
Fils, j'élève à la dignité De géorgiques les campagnes Quelconques où flambe l'été!
Flamber, c'est là toute l'histoire Du cœur, des sens, de la saison, Et de la pauvre mouche noire Que nous appelons la raison.
Je te fais molosse, ô mon dogue !
L'acanthe manque? j'ai le thym.
Je nomme Vaugirard églogue ; J'installe Amyntas à Pantin.
La nature est indifférente Aux nuances que nous créons Entre Gros-Guillaume et Dorante; Tout pampre a ses Anacréons.
L'idylle volontiers patoise.
Et je ne vois point que l'oiseau
Préfère Haliarte à Pontoise Et Coronée à Palaisoau.
Les plus beaux noms de la Sicile Et de la Grèce ne font pas Que Tàne au fouet soit plus docile, Que l'amour fuie -à-moins grands pas.
Les fleurs sont à Sèvre aussi fraîches Que sur THybla, cher au Sylvain; r ■- Montreuit mérite avec ses pèches La garde du dragon divin.
Marton nue est Phyllis sans voiles; Fils, le soir n'est pas plus vermeil, Sous son chapeau d'ombre et d'étoiles, A Banduse qu'à Montfermeil.
Bercy pourrait griser sept sages; Les Auteuils sont fils des Tempes; Si l'Ida sombre a des nuages, La guinguette a des canapés.
Rien n'est haut ni bas; les fontaines Lavent la pourpre et le sayon ; L'aube d'Ivry, l'aube d'Athènes, Sont faites du même rayon.
J'ai déjà dit parfois ces choses, Et toujours je les redirai; Car du fond de toutes les proses Peut s'élancer le vers sacré.
Si Babct a la gorge ronde,
Babct égale Pholoé.
Comme Chypre la Beaucc est blonde.
Larinà descend d'Évohé.
Toinon, se baignant sur la grève, , A plus de cheveux sur le dos
Que la Callirhoé qui rêve Dans le grand temple d'Abydos.
Çà, que le bourgeois fraternise Avec les satyres cornus!
Amis, le corset de Denise Vaut la ceinture de Vénus.
Donc, fuyons Paris! plus de gène!
Bergers, plantons là Tortoni!
Allons boire à la coupe pleine Du printemps, ivre d'infini.
Allons fêter les fleurs exquises, Partons! quittons, joyeux et fous, Pour les dryades, les marquises, Et pour les faunes, les voyous!
Plus de bouquins, point de gazettes !
Je hais cette submersion.
Nous irons cueillir des noisettes Dans Tété, fraîche vision.
La banlieue, amis, peut suffire.
La fleur, que Paris souille, y naît.
Flore y vivait avec Zéphire Avant de vivre avec Brunet.
Aux champs les vers deviennent strophes ; A Paris, l'étang, c'est l'égout.
Je sais qu'il est des philosophes Criant très haut : « — Lutèce est tout!
« Les champs ne valent pas la ville ! » Fils, toujours le bon sens hurla
!2i Li;s CHANSONS Ul-S KUKS i: T DliS UOIS.
Quand Voltaire à Damilavillc Dit ces calembrcdaines-là.
Aux champs, la nuit est vônérable, Le jour rit d'un rire enfantin; Le soir berce l'orme et Pcrable, Le soir est beau; mais le matin,
Le matin, c'est la grande fête; C'est Tauréole où la nuit fond.
Où le diplomate a Tair l)ète, Où le bouvier a Pair i)rofond.
La fleur «l'or du pré d'azur sombre.
L'astre, brille au ciel clair encor; En bas, le bleuet luit dans l'ombre, Étoile bleue en un champ d'or.
L'oiseau court, les taureaux mugissent; Les feuillages sont enchantés; Les cercles du vent s'élargissent Dans l'ascension des clartés.
L'air frémit; l'onde est i»lus sonore; Toute àmc entr'ouvre son secret; L'univers croit, quand vient l'aurore.
Que sa conscience apparaît.
Quittons Paris et ses casernes.
IMungeons-uous, car les ans sont courts.
Jusqu'aux genoux dans les luzernes Et jusqu'au cœur dans les amours.
Joignons les baisers aux spondées, Souvenons-nous que le hautbois Donnait à Platon des idées Voluptueuses, dans les bois.
Vanvre a d'indulgentes prairies; Ville-d'Avray ferme les yeux Sur les douces gamineries Des cupidons mystérieux.
Là, les Jeux, les Ris et les Farces Poursuivent, sous les bois flottants.
Les chimères de joie cparses Dans la lumière du printemps.
L'onde à Triel est bucolique; Asnière a des flux et reflux Où vogue l'admirable clique De tous ces petits dieux joufllus.
Le sel attique et l'eau de Seine Se mêlent admirablement.
Il n'est qu'une chose malsaine, Jeanne, c'est d'être sans amant.
Que notre ivresse se signale!
Allons où Pan nous conduira.
Ressuscitons la bacchanale, Cette aïeule de l'opéra.
Laissons, et même envoyons paître Les bœufs, les chèvres, les brebis, La raison, le garde champêtre!
Fils, avril chante, crions bis!
Qu'à Gif, grâce à nous, le notaire Et le marguillier soient émus,
Fils, et qu'on entonde à Nantorre Les vagues flOtcs de rili'mus!
Acclimatons Faune à \incenno, Sans pourtant prendre pour conseil L'ininiense Aristophane obscène, Fflrontc comme le soleil.
Rions du maire, ou de l'édile; Ft mordons, en gens convaincus, Dans cette pomme de l'idylle Où l'on voit les dents de Moschu?.