‹ Les chansons des rues et des boisChapitre 32 sur 79 · GARE · texte numérisé non relu

GARE

Vénus n'est qu'une immortelle; Une femme, c'est plus près.

Celle-ci, vers nous conduite Comme un ange retrouve, Semble à tous les cœurs la suite De leur songe inachevé.

L'àme Tadmire, enchantée Par tout ce qu'a de charmant La rêverie ajoutée Au vague éblouissement.

Quel danger! on la devine.

Un nimbe à ce front vermeil!

Belle, on la rcve divine, Fleur, on la rêve soleil.

Elle est lumière, elle est onde.

On la contemple. On la croit Reine et fée, et mer profonde Pour les perles qu'on y voit.

Gare, Arthur! gare, Clitandrc!

Malheur à qui se mettrait A regarder d'un air tendre Ce mystérieux attrait!

L'amour, où glissent les âmes, Est un précipice; on a Le vertige au bord des femmes Comme au penchant de l'Etna.

On rit d'abord. Quel doux rire!

Un jour, dans ce jeu charmant, On s'aperçoit qu'on respire Un peu moins facilement.

Ces feux-là troublent la tête.

L'imprudent qui s'y chauflait

ITil LKS CHANSONS Dl-S HUliS KT DKS HOIS.

S'éveillo à moitié porto Et stnpido tout à fait.

Plus de joie. On <'st la chose Des tourments et des amours.

Quoique le tyran soit ro.se, L'esclavage est noir toujours.

On est jaloux: travail rude!

On n'est |)lus lihre et vivant.

Et l'on a l'inquiétude D'une feuille dans If vent.

On la suit, pauvre jeune homme!

Sous prétexte qu'il faut bien Qu'un astre ait un astronome Et qu'une femme ait un chien.

On se pose en loup fidèle; On est br-le, on s'en aigrit, Tandis qu'un antre, auprès d'elle.

Aimant moins, a plus d'esprit.

Même aux bals et dans les fêtes, On soutire, fiU-on vainqueur; Et voilà comment sont faites Les aventures du C(rur.

Cette adole'^cente est .sombre A cause de ses quinze ans Et de tout ce qu'on voit d'ombri' Dans ses beaux veux innocents.

On flonnerait un empire Pour tous ces chastes appas; Elle est terrible; et le pire, C't'st qu'elle n'y pense pas.

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