‹ Les chansons des rues et des boisChapitre 54 sur 79 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

J'ai mal dormi. C'est votre faute.

J'ai rêvé que, sur des sommets, Nous nous promenions côte à côte.

Et vous cliantiez, et lu m'aimais.

Mes dix-neuf ans étaient la fête Qu'en frissonnant je vous offrais; Vous étiez belle et j'étais bête Au fond des bois sombres et frais.

Je m'abandoanais aux ivresses ; Au-dessus de mon front vivant Je voyais fuir les molles tresses De l'aube, du rêve et du vent.

J'étais ébloui, beau, superbe;

Je voyais des jardins de feu.

Des nids dans l'air, des fleurs dans l'herbe,

Et dans un immense éclair. Dieu.

Mon sang murmurait dans mes tempes Une chanson que j'entendais;

188 LLS CHANSONS DES IlL'liS ET DES BOIS.

Les planèlfts étaient mes lampes; J'étais archange sous un dais.

Car la jeunesse est admirable, La joie emplit nos sens hardis; Kt la femme est le divin diable Qui taquine ce paradis.

Elle tient un fruit (jumelle achève Et qu'elle mord, ange et tyran; Ce qu'on nomme la pomme d'Eve, Tristes cieux ! c'est le cœur d'Adam.

J'ai tout»' la nuit eu la fièvre.

Je vous adorais en dormant; Le mot amour sur votre lèvre Faisait un vague flamboiement.

Pareille à la vague uù l'œil plonge, Votre gorge m'apparaissait Dans une nudité de songe.

Avec une étoile au corset.

Je voyais vos jupes de soie, Votre beauté, votre blancheur; J'ai jusqu'à l'aube été la proie De ce rùve mauvais coucheur.

Vous aviez cet air qui m'enchante.

Vous me quittiez, vous me preniez; Vous changiez d'amour, plus méchante Que les tigres calomniés.

Nos âmes se sont dénouées.

Et moi, de soufl^rir j'étais las; Je me mourais dans des nuées Où jo t'entendais rire, hélas!

Je me réveille, et ma ressource C'est de ne plus penser à vous,

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