DE LA FEMME AU CIEL
L'âme a des étapes profondes.
On se laisse d'abord charmer,
Puis convaincre. Ce sont deux mondes.
Comprendre est au delà d'aimer.
Aimer, comprendre, c'est le faîte.
Le Cœur, cet oiseau du vallon, Sur le premier degré s'arrête; L'esprit vole à l'autre échelon.
A l'amant succède l'archange; Le baiser, puis le firmament ; Le point d'obscurité se change En un point de rayonnement.
Mets de l'amour sur cette terre Dans les vains brins d'herbe flottants.
Cette herbe devient, ô mystère !
Le nid sombre au fond du printemps.
Ajoute, en écartant son voile.
De la lumière au nid béni.
Et le nid deviendra l'étoile Dans la forêt de l'infini.
J'errais. Que de charmantes choses!
Il avait plu ; j'étais crottr ; Mais puisque j'ai vu tant de roses, Je dois dire la vérilc'.
J'arrivais tout près d'une église, De la verte église au bon Dieu, Où qui voyage sans valise Écoute chanter l'oiseau bleu.
C'était l'église en (leurs, bâtie Sans pierre, au fond du bois mouvant, Par l'aubépine et par l'ortie Avec des feuilles et du vent.
Le porche était fait do doux branches D'une broussaillo et d'un buisson; La voussure, tout on pervenches, Était signée : Avril, maçon.
Dans cette vive architecture.
Ravissante aux yeux attendris,
On sentait l'art de la nature ; On comprenait que la perdrix,
Que l'alouette et que la grive Avaient donné de bons avis Sur la courbure de l'ogive, Et que Dieu les avait suivis.
Une haute rose trémière Dressait sur le toit de chardons Ses cloches pleines de lumière Où carillonnaient les bourdons.
Cette flèche gardait l'entrée; Derrière on voyait s'ébaucher Une digitale pourprée, Le clocheton près du clocher.
Seul sous une pierre, un cloporte Songeait, comme Jean àJ'athmos; Un lys s'ouvrait près de la porte Et tenait les fonts baptismaux.
Au centre où la mousse s'amasse, L'autel, un caillou, rayonnait, Lamé d'argent par la limace Et brodé d'or par le genêt.
Un escalier de fleurs ouvertes, Tordu dans le style saxon, Copiait ses spirales vertes Sur le dos d'un colimaçon.
Un cytise en pleine révolte.
Troublant l'ordre, étouffant l'écho, Encombrait toute l'archivolte D'un grand falbala rococo.
En regardant par la croisée, O joie! on sentait là quelqu'un.
L'eau bénile était en rosée, Et l'encens était en parfum.
Les rayons à leur arrivre, Et les gais zéplix rs querelleurs, Allaient de travée en travée liaiser le front penché des fleurs.
Toute la nef d'aube baignée, Palpitait d'extaso et d'émoi.
— Ami, me dit une araignée, La grande rosace est de moi.
Tout était d'accord dans les plaines.
Tout était d'accord dans les bois Avec la douceur des haleines, Avec le mystère des voix.
Tout aimait; tout faisait la paire, L'arbre à la llour disait : Nini; Le mouton disait : Notre Père, Que votre sainfoin soit l)éniî
Les abeilles dans l'anémone Mendiaient, essaim diligent; Le printemps leur faisait l'aumAne Dans une corbeille d'argent.
Et l'on mariait dans l'église.
Sous le myrte et h' iiaricot, In (eillet nommé Cydalise Avec un chou nommé Jacquot.
Un Iton vif'ux pommiersolitaire Semait si's fleurs, tout triomphant.
Et j'aimais, dans ce frais mystère, Cette gaîté de vieil enfant.
Au lutrin chantaient, coupe allègre, Pour des auditeurs point ingrats.
Le cricri, ce poëte maigre, Et l'ortolan, ce chantre gras.
Un vif pierrot, de tige en tige.
Sautait là, comme en son jardin; Je suivais des yeux la voltige Qu'exécutait ce baladin,
Ainsi qu'aux temps où Notre-Dame, Pour célébrer n'importe qui.
Faisait sur ses tours, comme une âme, Envoler madame Saqui.
Un beau papillon dans sa chape Officiait superbement.
Une rose riait sous cape Avec un frelon son amant.
Et, du fond des molles cellules, Les jardinières, les fourmis, Les frémissantes libellules, Les demoiselles, chastes miss.
Les mouches aux ailes de crêpes Admiraient près de la Phryné Ce frelon, officier des guêpes, CoiSé d'un képi galonné.
Cachés par une primevère.
Une caille, un merle siffleur.
Buvaient tous deux au même verre Dans une belladone en fleur.
Pensif, j'observais en silence, Car un cœur n'a jamais aimé
•20V Li:S CHANSONS DES HUES HT DKS KOIS.
Sans remarquer la rossemhlancc De l'amour et du mois do mai.
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Les clochettes sonnaient la messe.
Tout ce petit temple béni Faisait à Tàme une i)romesse Que garantisfjail Tinlini.
J'entendais, en strophes discrètes, Monter sous un frais corridor, Le Te Dcuni des pâquerettes, Et l'hosanna des houlons-d'or.
Les mille-feuilles que l'air froisse Formaient le mur tremblant et doux, Kt je reconnus ma paroisse:
Lt j'y vis mon rêve à lionoux.
J'y vis près de l'autel, derrière Les résédas et les jasmins, Les sonj^es faisant leur prière.
L'espérance joignant les mains.
J'y vis mes bonheurs éphémères.
Les blancs spectres de mes beaux jours, Parmi les oiseaux mes chimères, Parmi les roses mes amours.
Un grand houx, de forme incivile, Du haut de sa fauve beauté,
Regardait mon habit de ville ; Il était fleuri, moi crotte;
J'étais crotté jusqu'à l'échiné.
Le houx ressemblait au chardon Que fait brouter l'ànier de Chine A son âne de céladon.
Un bon crapaud faisait la lippe Près d'un champignon malfaisant, La chaire était une tulipe Qu'illuminait un ver luisant.
Au seuil priait cette grisette A l'air doucement fanfaron, Qu'à Paris on nomme Lisette, Qu'aux champs on nomme Liseron.
Ln grimpereau, cherchant à boire, Vit un arum, parmi le thym, Qui dans sa feuille, blanc ciboire.
Cachait la perle du matin ;
Son bec, dans cette vasque ronde, Prit la goutte d'eau qui brilla ; La plus belle feuille du monde Ne peut donner que ce qu'elle a.
Les chenilles peuplaient les ombres ; L'enfant de chœur Coquelicot Regardait ces fileuses sombres Faire dans un coin leur tricot.
Les joncs, que coudoyait sans morgue La violette, humble prélat.
Attendaient, pour jouer de l'orgue, Qu'un bouc ou qu'un moine bêlât.
Au fond s'ouvrait une chapelle Qu'on évitait avec horreur;
C'est là qu'habite avec sa pelle Le noir scarabée entcrreur.
Mon pas trouI)la l'éfrlise fée :
Je m'aperçus qu'on m'écoutait.
L'églantine dit : C'est Orphée.
La ronce dit : C'est Coiletet.