ÉGALITÉ
Dans un grand jardin en cinq actes, Conforme aux préceptes du goût, Où les branches étaient exactes, Où les fleurs se tenaient debout,
Quelques clématites sauvages Poussaient, pauvres bourgeons pensifs.
Parmi les nobles esclavages Des buis, des myrtes et des ifs.
Tout près croissait, sur la terrasse Pleine de dieux bien copiés.
Un rosier de si grande race Qu'il avait du marbre à ses pieds.
La rose sur les clématites Fixait ce regard un peu sec Que Rachel jette à ces petites Qui font le chœur du drame grec.
Ces fleurs, tremblantes et pendantes, Dont Zéphyre tenait le fil.
252 LES CHANSONS DKS lU I-S HT DKS HOIS.
Avaionl dos airs de confidentes Autour do la reine d'avril.
La liaio, où s'ouvraient leurs calices Kt d'où sortaient ces liunihles fleurs, Écoutait du bord des coulisses Le rire des bouvreuils siflleurs.
Parmi les brises murmurantes Elle n'osait lever le front; Cette mère do figurantes Était un peu honteuse au fond.
Et je m'écriai : — Fleurs éparses Près de la rose en ce beau lieu.
Non, vous n'êtes pas los comparses Du grand théâtre du bon Dieu.
Tout est de Dieu l'œuvre visil)le.
La rose, en ce drame fécond, Dit le premier vers, c'est possible, Mais le bleuet dit le second.
Les esprits vrais, que l'aube arrose, Ne donnent point dans ce travers Que les oami>af:nos sont en prose Et que les jardins sont en vers.
Avril dans les ronces se vautre.
Le faux art que l'ennui couva Lâche le criti(|no l,oiiôtre Sur le poète Jèhovah.
Mais cola ne fait pas grand'chose A l'immense sérénité, Au ciel, au calme prandiose Du philosophe et de l'été.
Qu'importe! croi.ssez, fleurs vormoillos!
Sœurs, couvrez la terre aux flancs bruns.