‹ Les chansons des rues et des boisChapitre 72 sur 79 · ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

ÉGALITÉ

L'hésitation des abeilles Dit l'égalité des parfums.

Croissez, plantes, tiges sans nombre !

Du verbe vous êtes les mots.

Les immenses fris-ons de Tombre Ont besoin de tous vos rameaux.

Laissez, broussailles étoilées.

Bougonner le vieux goût boudeur; Croissez, et sentez-vous mêlées A l'inexprimable grandeur!

Rien n'est haut et rien n'est infime.

Une goutte d'eau pèse un ciel; Et le mont Blanc n'a pas de cime Sous le pouce de l'Éternel.

Toute fleur est un premier rôle ; Un ver peut être une clarté; L'homme et l'astre ont le même pôle ; L'infini, c'est l'égalité.

L'incommensurable harmonie, Si tout n'avait pas sa beauté, Serait insultée et punie Dans tout être déshérité.

Dieu, dont les cieux sont des pilastres, Dans son grand regard jamais las Confond l'éternité des astres Avec la saison des lilas.

Les prés, où chantent les cigales, Et l'ombre ont le même cadran.

O fleurs, vous êtes les égales Du formidable Aldébaran.

L'intervalle n'est qu'apparence.

0 bouton-d'or tremblant d'émoi,

2oi LES CHANSOiNS DKS HUhS HT DKS BOIS.

Dieu no fait pas de différence Entre le zodiaque et toi.

I/ùtrc insondable est sans frontière.

11 est juste, étant l'unité.

La création tout entière Attendrit sa paternité.

Dieu qui fit le souille et la roche, Œil de feu qui voit nos combats, Oreille d'ombre qui s'approche De tous les murmures d'en bas,

Dieu, le père qui mit des fêtes Dans les éthcrs, dans les sillons, Qui fit pour l'azur h's comètes Et pour l'herbe les papillons,

Kt qui veut qu'une àme accompagne Les êtres de son flanc sortis.

Que l'éclair vole à la montagne Et la mouche au myosotis,

Dieu, parmi les mondes en fuite, Sourit, dans les gouflres du jour, Quand une fleur toute petite Lui conte ?on premier amour.

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