I. E POi'TK EST LX niCIIE
Nous avons des bonnes fortunes Avec le bleuet dans les blés;
CLOT un E. 267
Les halliers pleins de pâles lunes Sont nos appartements meublés.
Nous y trouvons sous la ramée, Où chante un pinson, gai marmot, De l'eau, du vent, de la fumée, Tout le nécessaire, en un mot.
Nous ne produirions rien qui vaille Sans l'ormeau, le frêne et le houx :
L'air nous aide, et l'oiseau travaille A nos poëmes avec nous.
Le pluvier, le geai, la colombe Nous accueillent dans le bui-son.
Et plus d'un brin de mousse tombe De leur nid dans notre chanson.
Nous habitons cbez les pervenches Des chambres de fleurs, à crédit; Quand la fougère a, sous les branches, Une idée, elle nous la dit.
L'autan, l'azur, le rameau frêle.
Nous conseillent sur les hauteurs, Et jamais on n'a de querelle Avec ces collaborateurs.
Nous trouvons dans le^ eaux courantes Maint hémistiche, et les lacs verts, Les prés généreux font des rentes De rimes à nos pauvres vers.
Mon patrimoine est la chimère.
Sillon riche, ayant pour engrais La vérité d'où vient Homère, Et les songes d'où sort Segrais.
Le poète est propriétaire
Des rayons, des parfums, des voix;
C'est à ce songeur solitaire Qu'appartient l'ôclio dans les bois.
11 est, dans le bleu, dans le rose, Millionnaire, étant joyeux; L'illusion étant la chose Que riiunimc possède le mieux.
C'est pour lui qu'un ver lui>ant rampe; C'est pour lui que, sous le bouleau, Le cheval de hala^^e trompe Par moment sa corde dans l'eau.
Sous la futaie où l'herbe est haulc, Il est le maître du logis Autant que l'écureuil qui saute Dans les pins par laube rougis.
Avec ses stances, il achète Au bon [>ieu le nuage noir, L'astre, et le bruit de la clochette Mêlée aux feuillages le soir.
Il achète le feu de forge, L'écume des écueils grondants.
Le cou gonflé du rouge-gorge Et les hymnes qui sont dedans.
11 achète le vent qui râle, Les lichens du cloître détruit, Kt l'ellraction sépulcrale Du vitrail par l'oiseau de nuif.
Et l'espace où les soulîies errent.
Et (piand hurlent les chiens méchants, L'ell'roi des moutons qui se serrent L'un Contre l'autre dans les champs.
11 achète la roue obscure
Du char des songes dans riiorreur
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Du ciel sombre où rit Épicure Et dont Horace est le doreur.
11 achète le^^ rocs incultes, Le mont chauve, et la quantité D'infini qui sort des tumultes D'un vaste branchage agité.
11 achète tous ces murmu-'es, Tout ce rêve, et, dans les taillis, L'écrasement des fraises mûres Sous les pieds nus d'Amaryllis.
11 achète un cri d'alouette.
Les diamants de l'arrosoir, L'herbe, l'ombre, et la silhouette Des dan-es autour du pressoir.
Jadis la naïade à Boceace Vendait le reflet d'un étang, Glaïeuls, roseaux, héron, bécasse.
Pour un sonnet, payé comptant.
Le poëte est une hirondelle Qui sort des eaux, que l'air attend, Qui laisse parfois de son aile Tomber des larmes en chantant.
L'or du genêt, l'or de la gerbe.
Sont à lui ; le monde est son champ ; Il est le possesseur superbe De tous les haillons du couchant.
Le soir, quand luit la brume informe.
Quand les brises dans les clartés Balancent une pourpre énorme De nuages déchiquetés,
Quand les heures font leur descente Dans la nue où le jour passa,
!70 Li:S CHANS(3\S DKS RUKS ET DES liOlS.
Il voit la stroplie éblouissant»; Pendre à ce décroche- ni oi-r a.
Maïa pour lui n'est pas défunte; Dans son vers, de pluie imbibé, 11 met la prairie; il emprunte Souvent de fargcnt à IMid-bé.
Pour lui, le vieux saule se creuse.
Il a tout, aimer, croire et voir.
Dans son ûine mystérieuse Il airite un vajîue encensoir.
.> 0 T n E ANCIENNE D I S 1' L' T E
Te souviens-tu qu'en l'ùjre tendre Où lu n'étais qu'un citadin, Tu nie raillais toujours de prendre La nature pour mon jardin?
Lu jour, tu l'armas d'un air rogue.
Et moi d'accents très convaincu!», El nous eûmes ce dialogue, Alterné, comme dans MoscUus :
TOI
« Si tu fais ce qu'on te conseille, Tu n'iras point dans ce vallon Aflrontcr l'aigreur de l'oseille El répiyramme du frelon.
MOI
»< J'irai.
TOI
La nature est morose
Souvent, pour rhomme fourvoyé.
Si l'on est baisé par la rose, Par 1 épine on est tutoyé.
MOI
« Soit.
TOI
Paris à l'homme est propice.
Perlet joue au Gymnase; vois, Ravignan prêche à Saint-Sulpice.
MOI
« Et la fauvette chante aux bois.
TOI
« Que viens-tu faire dans ces plaines?
On ne te connaît pas ici.
Les bêtes parfois sont vilaines, L'herbe est parfois mauvaise; ainsi
« Crois-moi, n'en franchis point la porte. On n'y sait pas ton nom.
MOI
Pardon !
Vadius l'a dit au cloporte, Trissotin Ta dit au chardon.
TOI
« Reste dans la ville où nous sommes, Car les champs ne sont pas meilleurs.
MOI
« J'ai des ennemis chez les hommes, Je n'en ai point parmi les fleurs. »
LKS CHANSONS DKS lU HS KT DKS IlOIS.
CE JOUR -LA, TnOL' VAILLE DE L EGLISE
En ce même jour, jour insigne, Je trouvai ce temple humble et grand Dont Fénelon serait le cygne Et VoUairc le nioinoau-rranc.
Un moine, assis dans les coulisses, Aux papillons, grands et petits, Tâchait de vendre des calices Que l'églantier donnait gratis.
Là, point d'orangers en livrée, Point de grenadiers alignés; Là, point d'ifs allant en soirée, Pas de buis, par Boileau peignés;
Pas de lauriers dans des guérites; Mais, parmi les prés et les blé-', Les paysannes marguerites Avec leurs bonnets étoiles.
Temple où les fronts se rassérènent.
Où se dissolvent les douleurs.
Où toutes les vérités prennent La forme de toutes les (leurs!
C'est là (ju'avril oppose au diable Au i>ap% aux enfers, aux salans, Cet alléluia formidable, L'éclat de rire du printemps.
Oh! la vraie église divine!
Au fond de tout il faisait jour.
Une rose me dit : Devine.
£t je lui répondis : Amour.