‹ Les chansons du soirChapitre 11 sur 36 · LA TROMPEUSE · texte numérisé non relu

LA TROMPEUSE

Nous nous aimions dès notre enfance;

Je ne voyais gue par ses yeux :

* ' Riait-eHe? j’iétais joyeux, • •

Où, qu’on lui fît la moindre oflensè,

Tout sourcilleux. ' . ‘

Quand, du plus loin -qu’il me souvienne.

Je lui disais, aveu naissant :

« Je serai tien ! » elle; dansant.

Me répondait, : « Jé serai tienne ! »

■ En rougissant.

Elle ressemblait à l’Aurore,

Qui, sortant de son frais sommeil, L’œil entr’ouvert, le front vermeil, En s’éveillant, à tout encore Donne l’éveil.

Elle en avait la blancheur rose.

Les cheveux d’or, livrés au vent.

Qui les divise par-devant Et sur le cou va, quand il l’ose.

Les soulevant.

« Viens avec moi, viens 1 me dit-elle D’un son de voix clair, argentin :

C’est le printemps, c’est le matin.

Le jour est pur, la vie est belle.

Le soir, lointain.

» Viens ! l’horizon déjà s’allume.

Moi, je suivrai fort bien tes pas.

Mon petit pied n’est jamais las, Et je ne pèse qu’une plume, Même à ton bras.

Nous aimant donc d’amour profonde, Insoucieux du lendemain,

N’ayant d’appui que notre main,.

Nous prîmes, à travers le monde, Notre chemin.

Regards en haut, tête levée,

D’un libre élan, presque un peu fol.

On eût cru voir, partant du sol, Deux oiseaux de même couvée.

De même vol.

Elle devint ma tourterelle.

Nous eûmes un nid bien couvert.

Des Çeufs d’azur mêlé de vert,

Qui, sous notre aile, ouvraient leur aile

Au ciel ouvert, *’

Que de chansons, qué de beaux rêves Pour eux' nous fîmes dans les bois I Cent feuilles jasant à la fois,- '

,CerÀ petits flots courant les grèves.

Ont moins de voix.’ ..

Cals oisillons, troupe affamée^ ‘ Et «eux aussi -de nos cerveaux, Songes passés, songes nouveaux, Tous voletaient sous la ramèe^ Par monts et vaux.

Puis tous, hélas ! l’un après; l’autre,

Ou furent pris par l’Oiseleur

Qui ne respecte oiseau ni fleur,

Ou loin' du nid, quittant le rvôtre,

■ Fil ent le.leur.

Et dans le bois, déjà plus sombre,

Nous nous.troiivâmes- seuls, un soir Que les troncs nus laissaîenl.mieux'voir,

. Rôdant aussi pour nous dans l’ombre, .•

• L’Oiseleur noir. . .

Oiseaux et feuilles s’envolèrent, '

• Rêves, projets, vagues tableaux,*

Brisant leur œuf sans être ècles,

Et nos yeux même se troublèrent

Comme les flots.'

Et mon Aurore, ma compagne.

Où donc son pied si’ diligent? * . ..

■ Où ses cheveux d’iift- or changeant ?

Sur l’autre flanc de la montagne.

Ils sont d’argent.

• Ma tourterelle, n\a colormbe,

Voyant, à l’heure où tout brunit.

Dans quel ravin le bois finit,

Pour se poser cherche une tombe, Son dernier nid^

« Oh ! lui dis-je, non moins morose Belle chanteuse aux beaux discours, Oh I qu’as-tu fait de nos amours?

Rends-moi,^ trompeuse aux doigts de D’autres beaux-jours ! »

« T’ai-je trompé? répondit-elle :

A toi de voir la vérité.

Je suis la Vie... En sa beauté

Seule ma sœur est immortelle :

L’Eternité. »

rose, ‘

INTERMEDE

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