AUTRE LÉGENDE DES MÊMES ALPES
A la montagne, deux frères Vivaient ensemble, et sur rien En rien ne s’étaient contraires ; D’un même cœur s’aimant bien A la montagne, deux frères.
Tel était leur bon accord.
Que deux bœufs à la charrue
I Tirent moins d’un même effort, Sans que l’un sur l’autre rue ;
• Tel était leur bon accord..
Ou bien,:sur le dos des lâmes ■ Dont chaque vie a son flot,
Ils étaient comme deux rames ,Aux mains d’un seul matelot', Porté sur. le dos des lames'.
Ün jour, parlant de la mort,
. Qui nous prend tous en son antre, D’où, les yeux bandés, on sort Sans que l’on sache où l’on entre; Un jour, parlant de la mort.
Ils convinrent donc ensemble Que le premier qui saurait .
* Ces secrets dont cbacun tremble, A son frère les dirait : "
• Ils en convinrent ensemble.
Longtemps après, néanmoins, - .
Ensemble ils tiennent campagne, Faucheurs récoltant leurs foins, Ou bergers sur la montagne ; Longtemps après néanmoins.
Il n’est sentier si paisible Qui pourtant ne mène au boüt, Dans cette guerre invisible Où chacun reçoit son’ coup, Même en un sentier paisible.
Ce fut le plus fort des deux Qui le premier eut message De descendre au chemin creux Où se fait le grand passage.
Ce fut le plus fort des. deux.
Cette double vie en une Prit donc aussi le linceul.
Triste loi, mais loi commune :
On finit par être seul.
Plus de double vie en une.
Mais le retour journalier De l’ouvrage qui commande, Nous contraint à replier La douleur que rien n’amende Dans son retour journalier.
- La saison était venue Où les vaches vont montant Les hauteurs, route connue.
Leurs cent clochettes tintant.
Avec la saison venue.
Elles brament de plaisir Après la^monlagne verte ;
C’est Jeur bien, leur gai désir; Tète haute pas alerte.
Elles brament de plaisir.
Digilized by Cooglc
Un berger conduit les siennes (Hélas 1 autrefois « les leurs »), Moins de jeunes que d’anciennes, Celles-ci belles d’ailleurs.
Un berger conduit les siennes.
A la porte du chalet Où d’entrer il les engage,
Il attache son mulet.
Il décharge son bagage,
A la porte du chalet.
Mais à celle de l’étable.
Bien ouverte cependant.
Il les voit, l’air peu traitable, Rester là le cou pendant,
A la porte de l’étable.
Entrez, dit-il, il fait chaud (Tels discours les aiguillonnent) ;
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Nous nous sommes levéâ tôt,
Et les mouches vous talonnent.
Entrez, dit-il,- il fait chaud. »
Mais toujours elles reculent.
Se rejettent de côté,
Se refoulent, se bousculent ;
Il leur parle avec bonté.
Mais toujours elles reculent.
Leurs grands yeux éonl là transis Sur l’étable vide et fraîche.
Lui montrant son frère assis.
Comme autrefois sur la crèche.
Leurs grands yeux sont là transis.
Mais lui, sans frayeur ni presse.
S’étant toujours fissuré Sur ce' frère et sa tendressè
Digilized by Cooglc
Pour ce qu’ils s’étaient juré ;
Lui donc, sans frayeur ni presse,
— « Et puis?... 3d dit-il seulement, Après un petit silence,
N’ayant ni frémissement Ni trop hautaine vaillance ;
« Et puis?.., » dit-il seulement.
«Fais bien, » répondit le frère.
Qui ne levait point les bras.
N’avait rien de funéraire :
« Fais bien, et bien trouveras. »
Ainsi répondit le frère.
Et ce fut comme un rayon Qui dans Fombre glisse et passe.
Plus de voix, de vision ;
Rien que la crèche, à la place Où ce fut comme un rayon.
L’œil tranquille et débonnaire, Les vaches, d’entrer alors/
Tout va comme à l’ordinaire.
Et le maître est là-dehors.
L’œil tranqùille et débonnaire. .
CHANSON dernière:
Le soleil à son couchant Sur le mien s’arrête,
Et semble ainsi, me cherchant,
Me faire encor fête; ' ‘ ,
Mais à son ràyon vermeil Je n’ai plus le front pareil.
Blonde est sa crinière ; • ■
La mienne, d’autre façon.
Adieu, chanson, ma chanson
Dernière.
L’alouette, sur son nid.
Plane et s’égosille ;
L’aubépine réunit Parents et famille. '
Dans les champs, les prés, les bois.
Même tableau qu’ autrefois ;
Mais fleur buissonnière Est pour moi hors de saison.
Adieu, chanson, ma chanson Dernière.
Sur la plage, avec doux bruit, Tour à tour soupire Vague qu’une vague suit,
■ *Et qui se retire.
Chacune, ayant eu son flot,
S’efiface et ne dit plus mot.
En telle manière J’eus le mien, j’en eus le son.
Adieu, chanson, ma chanson Dernière.
J’ai chanté pour mes amis, .
Pour tous ceux que j’aime ;
J’ai chanté pour mon pays,
Et sur plus d’un thème.
Chants d’automne ou chants d’avril Quelqu’un s’en souviendra-t-il?
Brise printanière,
Courras-tu dans la moisson ?
Adieu, chanson, ma chanson Dernière.
J’ai chanté, non pas les rois.
Mais les monts sublimes.
Sf
Maintenant qüe'j’énlrevpis De bien autres cimes,
Je reste au. pied et j’attends ;
Mais leur. hymne, je l’entends..... • Encor prisonnière Dans la terrestre prison ,
Salut, châiison, ma chanson ' Dernière !