LES DEUX AMOURS
Moi. l'ivrogne heureux, je n'ai pour amour Que la bière blonde, et la bière brune ; Et devant mes yeux passent tour à tour lu jour soleilleux, une nuit sans lune.
Le pale aie, avec sa claire couleur,
Est comme une fille aux cheveux d'or jaune,
Et qui mêle, en sa piquante saveur,
Des douceurs de nymphe à l'esprit d'un faune.
La joyeuse bière inonde mon cœur ; Elle me remplit de son parfum d'orge, Et sanglote a\ec un glouglou moqueur.
Quand elle se rue à travers ma gorge.
D'autres fois, je passe au porter amer. Près de qui tout vin me semble tisane; Il m'attire comme une grande mer, Ou comme l'amour d'une courtisane.
Je sens son baiser métallique et froid Se poser longtemps sur ma lèvre rouge, Et la volupté se mêle d'effroi Dans la pâmoison que donne la gouge.
Donc, ô bière noire, et toi, bière d'or, Affinez vers moi du pays des brumes.; Et. pour vous montrer bonnes sœurs encor. Sur ma bouche en feu mêlez vos écumes !