BEUVERIE FLAMANDE
A F.RNF.ST COQUF.I.IN
Plus tard, quand je serai l'amant D'une grosse cabaretière, Dans un bouge quasi flamand Nous festoierons la nuit entière.
Si nous avons assez d'argent Pour ne pas faire banqueroute, L'aube nous trouvera mangeant Un énorme plat de choucroute.
Nous aurons do grands pots d'étain ; Et je ne compte pas les pintes Qui, dès le lendemain matin, Sur nos figures seront peintes.
Par un miracle sans pareil, On verra, sur nos fronts sans fièvre, En beaux rubis pleins de soleil Se changer le pâle genièvre.
Dans nos larges gorges sans fond Tombera le joyeux pale aie ; Et brusquement, hors du plafond, Tous nos rêves déploieront l'aile.
Des formes vagues passeront Au son léger de la musique, Et puis voltigeront en rond Dans notre ivresse fantastique.
Sous de charmants bois redoutés Nous suivrons des sentiers perfides, Et nous prendrons des libertés Avec d'adorables sylphides.
Des farfadets malicieux Nous enlaceront de louis queues :
Et l'immense bonté des cieux Nous sourira des voûtes bleues.
Puis quand, nos pipes s'éteignant, Se dissipera la fumée, Nous resterons seuls, étreignant La tavernière bien aimée.
Plus de ciel féerique et divin, De lune et de formes dansantes ; Mais du gin, de l'aie et du vin, Et des faces réjouissantes.
Nous prendrons la réalité Telle quelle. Au sortir du rêve.
Moi, j'aurai cette dignité Par qui l'âme humaine s'élève ;
Mon œil entrouvert sourira Comme l'œil béat d'un ebanoinc, Et la bière ruissellera Sur ma barbe couleur d'avoine.