‹ Les chansons joyeusesChapitre 36 sur 64 · SUR UNE CHANSON POPULAIRE · texte numérisé non relu

SUR UNE CHANSON POPULAIRE

Qu'on apporte sur cette table Cinq à six bouteilles de vin, Dans le cabaret confortable Où règne un sans-gêne païen.

Qu'on l'apporte frais de, la cave, Le bon vin, frais comme un glaçon, Qui fait que l'âme heureuse cl brave Voltige comme une chanson.

Bercé d'un somme léthargique, Lorsque le corps oscille un peu, Montant sur la fureur bachique, L'esprit peut fendre le ciel bleu.

Quand le plafond de ce vieux bouge, Par miracle, va s'entr'ouvrir, Ma fantaisie ardente et rouge Par l'immensité va courir.

En buvant le sang de la grappe, On prend goût au divin soleil ; La gorge que son baiser râpe A soif de l'horizon vermeil.

En avant, les ailes ouvertes, Dans les rayons et les senteurs ; Les forêts humides et vertes N'auront pas de plus gais chanteurs.

Projetant mon ombre sur l'herbe Où le vulgaire va marchant, Je veux mettre mon nez superbe Face à face avec le couchant.

Qu'il fait bon respirer, et vivre Avec les aigles! — Mais, parbleu!

J'oubliais que je suis très-ivre, Et qu'on trébuche clans le bleu.

Oui, vraiment, comme sur la terre!

Et le vin, qui me déliait La langue, me force à me taire ; Mais fi d'un ivrogne muet !

Et je veux parler tout de même, Parler très-haut, parler sans fin !

Qu'on apporte encor ce que j'aime :

Cinq à six bouteilles de vin.

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