A LOUS FORAIN
Allons, foin des ivresses brèves De nos esprits désordonnés; En tombant de nos divins rêves Nous nous sommes casse le nez.
Mais que veux-tu? La chose est sûre, Nous dégringolâmes des cieux; Et, de mon feutre à la chaussure, 11 n'est rien de semblable aux dieux.
Nous sommes mêlés à la tourbe Dont un vent peut sécher les pleurs, Qui, riant, criant, dans la bourbe Traîne son fardeau de douleurs.
Comme deux hommes de la plèbe, Nous nous courbons sur nos travaux ; Et, comme ils retournent la glèbe, Nous, nous fouillons dans nos cerveaux.
Parmi la foule, dans les rues, Pour avancer l'on fait son trou, Et les voitures incongrues Vous éclaboussent jusqu'au cou.
A la montre, que de richesses A quoi l'on ne touchera point!
Puis, pour voir passer les duchesses, L'œil s'ouvre gros comme le poing.
Mais foin du démon de l'envie Qui vous dessèche et vous pâlit, Et telle quelle aimons la vie, Tant que le grand soleil l'emplit.
Tu Bais que notre vie est courte, Et que les roses n'ont qu'un temps; Allons donc manger une tourte Pendant que nous avons des dents.
Au diable l'amoureux qui boude Et les ambitieux braillards!
En liberté levons le coude, Tant qu'il nous reste deux liards.
Puisque l'espérance nous pipe, Comme a dit l'auvergnat Pascal, Fumons tranquillement la pipe D'un air pensif et monacal.
Coudoyons le bon peuple sale Avant que d'être empaquetés, Et que la Camarde nous sale Pour deux ou trois éternités.