‹ Les chansons joyeusesChapitre 41 sur 64 · A RAOUL GINESTE · texte numérisé non relu

A RAOUL GINESTE

S'il faut que nous mourions un jour Et qu'on nous mette en une bière, Trépassons aux bras de l'Amour, Et notre bière soit la bière.

Poser son front sur deux seins froids.

Ou dans un grand moos rendre l'âme, C'est mieux que d'avoir une croix Avec un prêtre qui déclame.

Ayant laisse tous nos esprits Dans la coupe aux fraîches écumes, Il nous convient, joyeux et gris, Iif mourir comme nous vécûmes.

C'est un pénible et lourd sommeil !

Pour ma part, foi de franc ivrogne, Je regretterai le soleil Quand la Mort pâlira ma trogne.

A l'éternité l'on prend goût, Mais pas un n'échappe à la tombe ; Et, ne me tenant plus debout, Il faudra bien qu'enfin je tombe.

Alors, dans les gazons naissants Je poserai ma tète pâle, Et vers les cieux éblouissants Je pousserai mon dernier râle.

Ce sera par un beau matin, Quand je serai soûl de la vie, Quand j'aurai le regard éteint Et le cœur mort à toute envie.

Mais conservant à mou côté Le souvenir de mes maîtresses, Je passerai l'éternité A cuver toutes mes ivresses.

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