LA GLOIRE DES NEZ
Mon nez purpurin, ton nez cramoisi, Nous font tout pareils à deux roses rouges, Et, rassérénant le vieux mur moisi, Jettent des clartés dans nos sombres bouges.
Le nez, quand les yeux se sont alourdis, Porte le flambeau sacré de la vie ; Et le grand soleil des brûlants midis Devant cette pourpre est pâle d'envie !
0 mon nez fleuri, somptueux rosier!
Je t'honore, ô ma trogne bien aimée !
La liqueur a beau racler mon gosier, Si je l'aime, c'est qu'elle est parfumée.
Elle me rappelle ainsi les printemps Que j'ai dépensés dans les hautes herbes, Mes jeunes amours frais et palpitants, Et le dôme obscur des grands bois superbes !
Elle me rappelle ainsi les senteurs Qu'aux jours d'autrefois j'ai tant respirées, Que mon cœur, noyé par tant de douceurs, A failli mourir au milieu des prées.
J'estime, ô mon nez ! ton flair délicat ; Mais surtout, flamboie encore, flamboie ! Je veux témoigner par tout ton éclat De l'intensité de ma grande joie.
Étincelle aussi, nez de mon ami, Du buveur exquis à la rouge lèvre Qui jamais n'emplit son verre à demi, Qu'il boive xérès, pale aie ou genièvre.
Frère, nous boirons pendant quatre nuits; Puis, nos fronts rosés comme deux aurores, Nous sortirons, veufs de nos vieux ennuis, Et nous serons ronds comme deux amphores.