WILLIAM SHAKESPEARE
Shakespeare, emporte-moi sur l'aile de tes vers;
Car je veux saluer le soleil d'Italie.
Dans ton verre vidé je veux boire ta lie ;
Je veux me parfumer de tes citronniers verts.
Par quelque chaude nuit, la cervelle à l'envers, Au son des tambourins lointains, l'âme remplie De lumière et de bruit, je veux voir la folie Monter comme un ardent soupir aux cieux ouverts.
Et puis, remporte-moi sur tes puissantes ailes
A ers le Nord, où l'on voit, par les nuits solennelles,
Chaque rêve muet fleurir en astre d'or.
Noble mélancolie ! oh ! mon âme affolée Reprendra- par les monts connus son libre essor, Au milieu de la grande neige immaculée.
L'AME D'ARÏEL
My délicate Aricl.
(Tempes t.)
Ariel que, de ma fenêtre, ,I*ai vu voltiger tout là-bas, A des peines d'amour, peut-être, Des peines qu'il ne dira pas.
Et peut-être bien qu'il regrette.
Depuis le jour qu'il posséda Sa liberté, l'humble retraite Où fleurissait la Miranda-
Dans l'air sans bornes, dans l'air libre. Dans les sereins et larges cicux Où sa chanson joyeuse vibre, Peut-être cst-il bien soucieux?
Soucieux, si quelque servage Invisible lui tient le cœur, Et si sa fière humeur sauvage Reconnaît un gentil vainqueur
Gai lutin du féerique espace, Le poète est comme Aricl ; C'est en vain qu'il passe et repasse Et qu'il jouit de tout le ciel.
Les jours passés sont pleins de choses Que n'emportera point l'oubli ; Et, dormant sur le cœur des roses, Ariel rêve un autre lit.
Sa bonne chanson qui pénètre Éveille l'air tiède et dormant, Mai> il lui plairait mieux, peut-être, Aimer silencieusement.
Alors, il donnerait ses ailes, Ses métamorphoses du jour, Toutes ses formes les plus belles, Pour un fin sourire d'amour.
ni
Va toujours en ta fantaisie, Chante encore, ô mon Ariel !
Et va glaner la poésie Parmi les. fleurs, comme du miel
Mais ne retourne pas vers l'île Où ton premier rêve a passé :
Prospéro, le vieux duc habile,
Soudainement s"est éclipsé.
Si tu t'en vas dans sa demeure Contre une porte te tapir, Tu n'entendras rien, que je meure !
Sinon quelque étouffé soupir.
Et si, pour voir, tu te déguises En flambeau, tu rayonneras Sur les corps aux blancheurs exquises Tombant, pâmés, entre les bras.
Tu vois que tu n'as rien à faire Dans le beau palais de Milan ; Va, voltige de sphère en sphère, Pour rafraîchir ton cœur brûlant.
A toi L'immensité du monde !
Sur les brises flotte en chantant :