‹ Les chansons joyeusesChapitre 57 sur 64 · BÉVUE DE LA FATALITÉ · texte numérisé non relu

BÉVUE DE LA FATALITÉ

Je me suis demandé souvent Par quelle étrange destinée Ma chère personne était née pilleurs qu'en plein vent.

Tous les jours du pain tendre, qu'est-ce, Si l'on n'a pas la liberté?

Pour nourrice, j'aurais tété Une grosse caisse.

J'aurais sauté sur les genoux D'un maigre et disloqué paillasse; — Un lit de plume? la paillasse, C'est beaucoup plus doux !

Dormir sans fenêtre ni porte, Et rire en rêve, à la lueur Des étoiles, tout en sueur, Le diable m'emporte !

Sauter, et se rompre le cou Pour les sous que jette la foule, Et puis, las de rouler sa boule, Mourir n'importe où !

Oh ! j'ai manqué ma destinée !

Le soleil m'eût tanné la peau ; Je n'aurais pas eu pour chapeau Une cheminée :

Tiré toujours à quatre clous, Je me serais roulé sur l'herbe, Dans le débraillement superbe Des dieux et des fous!

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