‹ Les chansons joyeusesChapitre 56 sur 64 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Dans ce bas monde où les bons, les méchants, De çà, de là, se coudoient par les rues, Ceux-ci se font voleurs, ceux-là sergents ; Et quelques-uns, d'allures incongrues, Aux longs cheveux, aux manières bourrues, S'en vont disant des vers à haute voix Ou poursuivant des femmes disparues ; Mais moi, sachant qu'il faut mourir, je bois.

D'autres s'en vont folâtrer dans les champs, Faisant l'amour parmi les herbes drues ; Les lunes d'or et les soleils couchants Sont tout le bien de ces bâilleurs aux grues ! De moins joyeux ont leurs âmes férues Par un amour qui les met aux abois, Et les dessèche ainsi que des morues : Mais moi, sachant qu'il faut mourir, je bois.

Quelques heureux, aux rires indulgents, Coulent en paix leurs vieillesses ventrues ; Ils sont tout juste assez intelligents Pour se gratter le bout de leurs verrues. Cet autre — un fou — mange des viandes crues, Ou touche un luth sans cordes de ses doigts, Ou met les bœufs derrière les charrues : Mais moi, sachant qu'il faut mourir, je bois.

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