AUTRE FANTAISIE
« Titania, potite fée
S délicate aux doigts fluets,
Pourquoi, la robe dégraJ
Vous coucher parmi les bluets?
x z, le venl du soir agite es ondoyants et penchés :
Toute béte gagne son g
Les petits oiseaux sont couchés.
Oi LES CHANSONS JOYEUSES.
« Peut-être en la forêt prochaine Dormiriez-vous tranquillement, Ayant pour dais un large chêne Qui plonge au cœur du firmament. »
u Sur cette terre maternelle Je me suis couchée en chemin, Car je reviens à tire d'aile De visiter le peuple humain.
« J'ai couru longtemps par la ville, Pour y chercher des amoureux ; Je sais que leur engeance est vile, Mais j'en régnerai mieux sur eux.
« Pourtant, je suis lasse et défaite ; Pour y dormir, pour y rêver, J'ai cherché le cœur d'un poëte, Et je n'ai pas pu le trouver. »
fÀRIÀTIOKS. •'>'•»
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« Ce poëte, c'est moi, sans doute?
Viens avec moi, reine, et souris; La poussière de cette route Pourrait rougir tes yeux chéris.
' Viens avec moi ; la poésie A quitté le monde moqueur ; Mais, en leur libre fantaisie, Tes doigts feront vibrer mon cœur,
« .Mène-moi vers ton beau royaume, Dans L'épaisseur des bois ombreux El pleins de mystère, qu'embaume La fleur des rêves amoureux. »
Alors, Titania se lève Comme un beau soleil d'Orient, Et je vois briller tout mon rêve Dans son œil clair et souriant.
Nous n'échangeons point de paroles ; Mais où nous passons, comme il sied, Les fleurs entr'ouvrent leurs corolles Et dansent sur leur petit pied.
Enfin le grand feuillage ondoie Sous les caresses du vent frais ; Nous voici ravis dans la joie Silencieuse des forêts.
VA!'. IATIONS. 97
Ah ! je vis toujours eu plein songe, Et j'ai beau me frotter les yeux :
Mon ànic avec délices plonge Dans cette merde merveilleux.
« Pour me persuader, ma chère, Que je suis votre amant béni, Faites sortir, l'aile légère, Quelque farfadet de son nid.
« Fleur de pois, faites des courbettes, Grain de moutarde, à deux genoux !
Si vous n'êtes des sylphes bêtes, Chantez-nous un lullabv doux. »
ft Fuyez avec vos pattes grêles Jusqu'au bout du monde, faucheux.
Papillons, vertes demoiselles, Ne sont ici que des fâcheux.
« En ce bois notre blanche reine A ramené son bien-aimé, Et la nuit profonde et sereine ËXhale ira sduffle parfumé;
« La danse tourne, et tourne ciicoi'Cj Tourne au clair de lune d'argent; Et la chanson dans l'air sonore S'évanouit en voltigeant. »
Y.UU.VTIONS. 93
Titania m'a dit : « Sans cesse Mon regard t'enveloppera, Et l'impérissable jeunesse Sur ton grand Iront resplendira.
« A toi la gloire, à toi la vie, Et l'auréole d'or des dieux !
Mais viens, car la nuit nous convie A fêter cet amour joyeux.
a Les lis ont une toile ourdie Pour la couche de mon vainqueur ; Oiseaux, versez la mélodie Sur le bien-aimé de mon cœur! o
IttUOTHCCA
vin
Donc, la reine de fantaisie
M'a bercé dans ses bras tremblants ;
J'ai vu l'astre de poésie
Poindre au bout de ses deux seins blancs.
Mais sur sa prunelle, royaume Où règne on fauve rayon d'or, L'on a versé peut-être un baume Qui l'enamoure d'un butor.
Et peut-être aussi, Dieu me damne !
Que Puck m'affubla d'un bonnet Stupide et gigantesque d'âne, Quand j'eus fait mon premier sonnet.
Demain matin, loin de ma reine Si ce cher cauchemar s'enfuit, Oh ! qu'elle aura pour moi de haine, M'ayant adoré cette nuit !
Alors, adieu mon divin rêve, 0 ma gloire immortelle, adieu, S'il faut que Bottom je me lève, Las ! après m'être endormi dieu !
Mais je suis heureux, fée exquise, Puisque à tes pieds j'ai pu m'asseoir, Et que tu m'as fait, à ta guise, Amoureux et poète un soir !
MONOLOGUE DE BIROX
. . . Your task shall be, With the lierce eudeavour of your vit, To euforce the pained impotent to sraile (Love's labours lost.)
Rosaline, la chère aimée Pour qui je me suis parjuré, L'exquise rose parfumée Qu'ensoleille un rayon doré,
Fait de mes prunelles fondues Couler des pleurs à tout jamais ; Hélas ! peines d'amour perdues, Je quitte celle que j'aimais,
VARIATIONS. m:
Pondant un an, sous la nuit brune, En tête-à-tête avec mon cœur, Il me faudra donc vers îa lune Soupirer toute ma langueur !
Que de sonnets mélancoliques Battront des ailes sur mon front !
Que de rêves archangéliques
Vers mon amour s'envoleront !
Il faut, de peur que je ne pèche, Quitter les jeux de mots pointus, Et dans ma cervelle revèche Sentir germer mille vertus.
i Si tu veux te montrer sincère Et fidèle, m'a-t-elle dit, Sois à l'expirante misère Bon comme un rayon de midi.
« Va clans les hôpitaux, sans cesse, T" asseoir au chevet des mourants ; Car les amants d'une princesse Doivent se montrer purs et grands.
« Va voir toutes ces tètes pâles,1 Ces bras roidis et bleuissants ; Ecoute en silence les râles, Donne à boire aux agonisants.
a Et puis, reviens : toutes ces larmes, Mes baisers te les payeront, Et mon amour rendra les armes A la majesté de ton front.
Alors, rieur, tu pourras rire; Car nous aurons à ces douleurs, A cette humanité martyre, Payé notre dette de pleurs. »
YAMATIONS. . 1UÔ
Réfléchissez un peu, madame :
Vous voudriez, eu vérité, Faire s'envoler de mon âme Le papillon de ma gaîté.
Il irait brûler ses deux ailes, Délicates comme des fleurs, Dans ces géhennes éternelles Qu'on appelle humaines douleurs.
Moi, sur la pointe d'une aiguille, J'ai su voltiger sans efforts ; Voudricz-vous donc, jeune fille, Me la faire entrer dans le corps ?
Je buvais plus d'une bouteille Aux resplendissantes couleurs ; En place de liqueurs vermeilles Me faudra-t-il boire des pleurs?
Et faut-il que ma verve folle Laisse là, prise de remord, Ma torrentielle parole Pour le silence de la mort ?
Ma fantaisie, ô Rosalineî Est plus près que vous ne rêvez De ces souffrants dont la poitrine S'emplit de râles étouffés.
Comme un fou que la lune hante, Sur le marbre des monuments Elle vient, légère et dansante, Jouer avec des ossements.
En gesticulant, ma jeunesse Veut en pleine folie errer, Parce que la raison sans cesse Par la manche vient la tirer.
Pour n'entendre pas la pensée Qui lui répète : Hélas! hélas!
Mon âme jouera l'insensée
Et rira toujours aux éelats ;
Et, par les remords poursuivie, Comme par un tas noir d'archers, Pour y danser toute sa vie Escaladera les clochers.
Mais, parbleu! puisque c'est ma reine, Mon amour, qui le veut ainsi, La tristesse à jamais me prenne Et mon frère soit le souci !
J'irai chez les gens en délire Dont les yeux sont déjà tournés, Et je saurai les l'aire rire Devant le fantôme sans nez-
Par ma fantaisie éclatante Je réveillerai le désir, Et la poitrine haletante Se soulèvera de plaisir.
Plaisir atroce, à l'agonie, Contorsions d'un rire affreux, Mêlé d'une horreur infinie Et du regret des jours heureux.
Alors, toi, mon esprit, tu sautes, Sautes par effroyables bonds, Tandis cpie, se tordant les côtes, Se renversent les moribonds !
ROSALINDAGE
J'ai fait un merveilleux voyage A travers Comme il vous plaira.
Dans un fantasque paysage Où mon cœur, comme un rêve, erra.
A la Réalité j'assène Vn formidable coup de poing :
Puis, brusque changement de scène, Et je ne me reconnais point.
La grande forêt amoureuse M'ouvre son cœur en soupirant, Et rua vie à l'ombre est heureuse A la fois liant et pleurant.
Souvenons-nous ! La Rosalinde M'a mis sa chaîne d'or au cou, Et dans ma fierté je me guindé, Malgré le prophète coucou.
Cette femme-enfant, ce sourire
En plein soleil épanoui,
Et ces grands cheveux blonds qu'admire
Ton regard encore ébloui,
Vont l'envelopper de tristesse.
D'amour, de joie et de langueur :
Cette vierge fleur de jeunesse A pris racine dans ton cœur.
Orlando, les larmes sont douces ; Tes larmes, comme un fin jet d'ean, Feront germer parmi les mousses Des roses d'amour, Orlando !
Bien que tu t'abîmes loin d'elle Dans un sombre océan de maux, L'esprit, domestique fidèle, Te prêtera quelques bons mots.
Un buisson sera le pupitre
Où tu vas écrire tes vers,
Et tu dédieras ton épitre
Aux rossignols des grands bois verts.
Bonjour, beau page Ganymède !
Qui vous amène en ce hallier?
Connaissez-vous quelque remède Contre l'amour, beau cavalier?
Je ferai de vous ma maîtresse ; En vos bras je me veux pâmer ; Je veux, pour tromper ma tendresse, Faire semblant de vous aimer.
Adolescent au beau sourire, 0 mon délicat amoureux!
On devient heureux à vous dire A quel point on est malheureux.
Depuis qu'est entré ce beau page Dans la forêt où nous rêvons, Les oiseaux ont tù leur tapage Dans l'ombre des taillis profonds.
Il est venu, plein de lumière; Il a verse, jeune échanson Des dieux, sur la nature entière Les ivresses de sa chanson.
Le manteau bleu de la nuit sombre S'est fleuri d'étoiles de mai, Et je suis amoureux de l'ombre D'un amour que j'ai tant aimé.
Ganymède m'a dit : « Jeune homme, Vous m'appellerez votre amour ; C'est Rosalinde qu'on me nomme, Quand on veut me l'aire la cour.
« Quand je vous dirai : Je vous aime. Vous me jurerez à genoux Que votre maîtresse elle-même N'a pas de sourire plus doux. »
Voilà ce que dit Ganymède, Qui me torture de désirs Tous impossibles, et qui m'aide A vivre de mes souvenirs.
Le vieux dm- m'a dit : 8 L'on m'exile ? J'ai la forêt et ses splendeurs.
La vie est un sentier facile A qui se moque des grandeurs.
a Seule, Rosalinde, à vrai dire, Me manquait ; mais j'ai retrouvé Chez Ganymède son sourire Qu'au ciel on croit avoir rêvé.
A nos derniers moments, peut-être.
Nos cœurs, avant d'être fermés, Ainsi voient quelqu'un apparaître, Qui nous parle de nos aimés. »
Puis, Pierre de Touche : i Folie Et gaité, ce sont mes deux plats ; Tout reste de mélancolie
Vole avec mon rire en éclats.
i Or, l'homme est un fieffé coq dinde Dont éternellement j'ai ri ; Mais Ganymède-Piosalinde M'a volé mon meilleur esprit.
El moi, le monstre, le paillasse, Je l'aime, et je laisse, devant Cette moqueuse et tendre l'ace, S'en aller deux larmes au vent. »
VARIATIO HT
Pois, Jacques le mélancolique Pour me parler d'elle est venu, Et sa voix mordante et cynique A mis son âme sèche à nu.
.. Vagisse un enfant dans son lange, Ou gémisse un vieillard c — L'homme n'est que matière et fange Je le sais pour avoir peu?
•• Mais j'ai, devant cette jeune-
Souri pour la première i -
Et je respire avec ivi ss
L'air salubre et puissant des bois. »
Puis, j'écoutai la plainte folle
De notre bergère Pbébé :
a En mon cœur que l'amour désole
Va javelot d'or est tombé. »
Devant la statue impassible, Pauvre fille, tu resteras Morte dans ton rêve impossible.
Sans presser l'amour dans tes bras ;
0 femme éprise d'une femme.
Pareille au poëte impuissant Que n'éclaire pas d'une flamme La muse qui lui prit son sang!
Je les vois errer pêle-mêle, Tirés par l'invisible aimant De cette femme vierge et belle Qui sourit éternellement,
Et qui, sous ses habits de page.
Allant et chantant, l'œil vainquen Livre à tous les vents son visage.
Et d'esprit se grise le cœur.
Et moi, pendant une nuit brève, Ensorcelé par ce lutin, J'ai baisé sur la lèvre un rêve Qui m'a bercé jusqu'au matin.
Et me voici. L'âme ravie, Mais le cœur saignant de regret, Je rentre en pleurant clans la vie Que n'ombrage plus la forêt.
Mais qu'importe ! Ma solitude De souvenirs se peuplera ; Par une ancienne habitude, Mon cœur vieilli refleurira ;
Et je me souviendrai sans cesse Que j'ai pu suivre au moins un joui- Dans la forêt de la Jeunesse L'apparition de l'Amour.