MA CONVERSION
' Mes fils, je m'en souviens encore, C'était un beau malin de mai ; A peine, aux baisers de Faurore, S'éveillait le val parfumé.
J*avais été mélancolique Pour Tamour de la grand' beauté D'une vertueuse Angélique, Fi^^e do sa virginité.
LES CHANSONS JOYEUSES. ibi
Et comme sur ses lèvres roses Je distillais mes premiers vers, (Tout le monde connaît ces choses!) J'avais Tesprit tout à Tenvers.
Or vient à moi de la montagne Une troupe de beaux garçons Qui bouleversait la campagne D'éclats de rire et de chansons.
Et, m'appelant dans la lumière.
L'un d'eux me cria : « Que vas-tu Faire dans le bois solitaire, Seul a seul avec ta vertii?
(( Elle est mauvaise compagnonne, Rend le teint blême et les yeux creux.
Et pour en faire sa mignonne Il faut être bien amoureux.
i( Viens avec nous, et de ses tresses Débarrasse ton pauvre cœur ; Nous te montrerons des maîtresses Qui n'ont pas de souris moqueur.
« Elles ont des lèvres vermeilles, Nous en sommes tout embrasés, Et ce sont les belles bouteilles Qui nous empourprent de baisers., ï
Jo voulus bien jouer ce rôle ; Le cabaret m'avait tenté !
El Ton invita chaque drôle A verser sa part de gaîté.
Mais, à mon mauvais rêve en proie, Je ue pus payer mon écot ; Kt j*élais sombre dans leur joie Ct,>Aaine le spectre de Banquo,
l'iHu tiiuU la liqueur non pareille D^ius. uH\s artères ruissela, Kî *kut>t ^ tuyau de l'oreille l u viHv Jonceme parla :•
v* N^4,x t\Uwe du vin magique, \..*» \' ' h\>umu\ et bon sorcier, ^k o*C 'Hi.ii MkH^ux que la musique x^stiUxlv vWier,
« Glou glou ! je passe, je frissonne, Je me rue à travers ton corps.
N'entends-tù pas mon chant qui sonne Comme le bruit joyeux des cors ?
« Glou glou ! je monte dans ta tête.
Et j'emporterai dans mes flots Le souvenir de l'amourette Qui t'avait rempli de sanglots.
(( Glou glou ! le soleil est mon père.
Je fais étinceler tes yeux ; L'image qui les désespère Va s'évanouir dans les cieux ;
« Et, transformé par ma puissance.
Tu ne verras plus que bois verts Où, dans sa belle adolescence.
Folâtre le jeune univers.
« Glou glou ! je frappe ton ouïe.
Et tu n'entendras plus sa voix!
A cette voix évanouie Succède la chanson des bois.
(( Glou glou ! je coule sur tes lèvres Dont les désirs inapaisés, Alors qu'elles brûlaient de fièvres, Vainement s'offraient aux baisers.
« Dorénavant, au lieu de bouches Avares de baisers d'amour, Ce sont les verres peu farouches Qui te baiseront nuit et jour ! )y
Et, séduit par tant d'éloquence, Tendant les muscles de mon cou, Je buvais dans un doux silence Qu'interrompait le seul glou glou ;
Si bien qu'incendiant ma trogne, Peuplant de rêves mon cerveau.
Je devins un fervent ivrogne Baptisé dans le vin nouveau ;
Que de ce vieil amour du diable Enfin je demeurai vainqueur , Et que je roulai sous la table, La bouteille contre mon cœur !