‹ Les chansons joyeuses: poésiesChapitre 33 sur 65 · SUR LA MORT DMJN AMI · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DMJN AMI

J'aurais bu, certes, dans ton crâne, Une bouteille de vin vieux, bon vivant, cœur libre et crâne.

Toujours joyeux.

Mais notre siècle pâle et veule. Las ! a plus d'un grain là dedans.

Et ne tient plus son brûle-gueule * Entre ses dents.

Enfin, tant pis! En terre grasse Nous t'avons mis, loin du saint lieu, Sans implorer pour toi la grâce.

Sans prier Dieu.

Gomme de fidèles Orestes, Le chapeau bas, mais tous debout, Nous avons salué tes restes.

Et voilà tout.

Le carnaval chantait encore Avec sa^ trompe et son crincrin :

Gaîté, pauvre oiseau qui picore Un dernier grain !

Une bien faible résonnance Parvint à peine jusqu'à nous ; L'esprit gaulois fait pénitence A deux genoux.

Ta vie, ivre de poésie.

Fut un bien autre carnaval Toi qui montais la fantaisie Comme un cheval

Ta gaîté, dans quelque affreux bouge, Embouchait des cors forcenés, Et ta belle trogne était rouge Comme un faux nez.

Épris de joie et de bien-être.

Tu n'as jamais compté les jours Que tu jetais par la fenêtre Des beaux açiours.

Songeant aux temps passés, il semble Que Ton n'ait rien fait que rêver.

Las ! nous ne boirons plus ensemble Jusqu'à crever.

Nous n'aurons plus même maîtresse.

Même verre et même soleil ; Ivre mort, cuve ton ivresse.

Dors ton sommeil !

Hais au moins que l'ombre ne pèse Sur ton pauvre front endormi ; Que le ver doucement te baise ' Gomme un ami

Sur ton corps, des fleurs parfumées En mai sans doute vont fleurir, Que les aimés et les aimées Viendront cueillir.

Tous les oiseaux du cimetière Mettront pour toi le bec au vent ; Car ta gloire demeure entière, bon vivant !

Puisque, sans testament écrire, Tu trépassas le Lundi gras, En poussant un éclat de rire Entre tes draps.

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