L'AME D'ARIEL
My délicate Âriel.
{Tempest.)
Ariel que, de ma fenêtre, J'ai vu voltiger tout là-bas, A des peines d'amour, peut-être, Des peines qu'il ne dira pas.
Et peut-être bien qu'il regrette, Depuis le jour qu'il posséda Sa liberté, l'humble retraite Ofi fleurissait la Mirandai
Dans Tair sans bonies, dans Tair libre, Dans les sereins et larges cieux Où sa chanson joyeuse vibre, Peut-être est-il bien soucieux?
Soucieux, si quelque servage Invisible lui tient le cœur, Et si sa fière humeur sauvage Reconnaît un gentil vainqueur.
• Gai lutin du féerique espace, Le poète est comme Ariel ; C'est en vain qu'il passe et repasse Et qu'il jouit de tout le ciel.
Les jours passés sont pleins de choses Que n'emportera point l'oubli ; Et, dormant sur le cœur des roses, Ariel rêve un autre lit.
Sa bonne chanson qui pénètre Éveille Tair tiède et donnant, Mais il lui plairait mieux, peut-être.
Aimer silencieusement.
Alors, il donnerait ses ailes, Ses métamorphoses du jour.
Toutes ses formes les plus belles.
Pour un fin sourire d'amour.
Va toujours en ta fantaisie.
Chante encore, ô mon Ariel !
Et va glaner la poésie Parmi les fleurs, comme du miel !
Mais ne retourne pas vers Tîle Où ton premier rêve a passé ; Prospéro, le vieux duc habile, Soudainement s'est éclipsé.
Si tu t'en vas dans sa demeure Contre une porte te tapir, Tu n'entendras rien, que je meure !
Sinon quelque étouffé soupir.
Et si, pour voir, tu te déguises En flambeau, tu rayonneras Sur les corps aux blancheurs exquises Tombant, pâmés, entre les bras.
Tu vois que tu n'as rien à faire Dans le beau palais de Milan ; Va, voltige de sphère eh sphèixî, Pour rafraîchir ton cœur brûlant.
 toi l'immensité du monde !
Sur les brises flotte en chantant ; Livre ta chevelure blonde Aux baisers du oiel éclatant i
Sois, dans Tinfîni de tes rêves, Poète Ariel, tour à tour, La blanchâtre écume des grèves, L'oiseau qui chante sur la tour !
Les mille formes du génie Bientôt te transfigureront ; Sois lumière, sois harmonie.
Aile légère et puissant front !