‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 105 sur 156 · LE BOUT DU MONDE · texte numérisé non relu

LE BOUT DU MONDE

— (( Avez-vous va, me dit un jour, Un enfant à la tète blonde , Là-bas ou les prés font le tour, Avez-vous vu le Bout du Monde?

Mon grand-père l'appelle ainsi ;

Ainsi l'appelait son grand-père ,

Et le père de celui-ci ,

Du temps qu'ils étaient sur la terre. » —

Je m'en allai , tenant la main De mon guide à la mine rose , Qui me nommait, par le chemin , Les monts, les bois, et toute chose.

— «Voilà ! dit-il : c'est là ! voyez! » Et, de sa main petite et ronde , Il me montrait , juste à nos pieds , Il me montrait le Bout du Monde. i

Le Bout du Monde était un pré , Dont je voyais baisser la pente , Baisser la pente par degré « Avec le ruisseau qui serpente.

Il ne faisait pas grand détour, U n'avait rien de fort sublime.

Point de rocher, de haute tour; Point de caverne , point d'abtme :

Quelques sapins , un court gazon On le berger, pour sa génisse , Peut faire une honnête moisson , Pourvu que le ciel la bénisse;

Et les prés , toujours , devant nous , Recommençant leur vague errante; Et les bois, retraites des loups ; Et l'étendue au loin mourante.

— «C'est là, me dit encor l'enfant, En secouant sa tête blonde D'un air naïf et triomphant :

C'est là , c'est là , le Bout du Monde. »

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