LE LIVRE D'AUTOMNE
Le long rayon du soleil qai décline , Nous avertit doucement qu'il est tard.
Il semble même , en montant la colline , A pas plus lents, ralentir son départ; Mais après lui monte aussi le brouillard, Traînant les plis de sa robe d'hermine.
Ainsi l'automne a la meilleure part , Mais la dernière.... et l'hiver s'achemine.
Ainsi le soir^ entre amis à l'écart , Lorsque la nuit s'avance clandestine , Qu'il faut partir, qu'on se lève , qu'on part , Sur le seuil même on s'arrête avec art ,
Le cœur serré , si la bouche badine :
Chaque œil au fond se mouille et s'illumine ,
Et de Tadieu retient le long regard
Le long rayon du soleil qui décline.
LE\1EILLABD
Que doucement il se promène , Ce beau vieillard au pas réglé , Qui pourtant compte en son domaine La terre et le ciel étoile !
C'est le Temps , c'est l'antique chauve , Au menton de neige fleuri , Au regard souriant et fauve , An pas qui fait pousser un cri.
L'herbe , le sable du rivage , Les montagnes , les océans , Il a tout dans son héritage , Il est le maître de céans.
Mais , d'abord , comme il vient et passe
Lentement , s'amusant d'un rien , D'un oiseau chantant dans l'espace , D'un bruit , d'un souffle aérien !
Devant une fleur il s'attarde ; Elle croit déjà qa!il s'assied , Rampe sous l'herbe , se hasarde Et s'enlace autour de son pied.
Il s'y prête , d'humeur badine , Mais pour faire , comme en sursaut , Un plus grand pas , qui déracine La fleur sous lui tombant plus tôt.
L'Aurore vient , et même elle ose Caresser sa barbe d'argent :
Il sourit à ces doigts de rose, Surtout à ce pied diligent.
Et le sien déjà se soulève , A peine encor rasant le sol :
Il semblait marcher comme e^n r«ê^e , Mais maintenant, il prend son vol.
Sur ses épaules se dessine , Groissimt, (dus son vol devient fort ,
Une aile dé plomei si fiBé, Qu'on oe s'en dcwtail pas d'abard.
Aile dont rimmense envar|;iare Se plie aux airs les plus flottans , Change de forme et de figure ; Ailé de la c(»ileur du Temps;
Et par là' d'auUmt plus puissante , Qu'elle vole sans aucun bruit , Sans qu'on ta voie , et que l'on sente Même la ride qui la suit.
Tout c^ que cette aite dépasse , Front sublime , front couronné , Front blsHoïc de jeunesse et de grâce, Porte le »gne , est condamné.
Vers le midi de toutes choses Ainsi monte le Temps vainqueur ; Du matin s'éteignent les roses Sous l'adieu de son œil moqueur.
Il semble enfin, comme un nuage Arrêté dans le haut azur, Faire au milieu de son voyage Une halte sous un ciel pur.
Ne dirait-on pas qu'il hésite , Qu'il suspend son vol inhumain , Ou si son aile encor palpite , Qu'elle ne fait plus de chemin?
Non , c'est qu'il plane et qu'il tournoie , Des hauteurs du ciel se penchant , N'ayant plus qu'à suivre sa proie Au fond du rapide Couchant.
Il monta comme l'hironddle , Il descend comme le vautour ; Et le voilà , d'un seul coup d'aile , Sur les derniers confins du Jour.
Son aile pâle et dia|Aane Rougit aux feux mourans du soir, Et, dans le ciel quand tout se fane , Prend un azur livide et noir.
Mais ni la nuit , ni le silence , Rien ne l'endort , ne la flétrit :
On l'entend toujours qui s'élance , Et le sombre vieillard qui rit.