‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 127 sur 156 · AUTRE ENVOI · texte numérisé non relu

AUTRE ENVOI

k I. Charles Glejre

Voulez-vous donc , Ami , que je vous donne Ce peu de miel que j'ai pris ce matin Sur une fleur au calice argentin , Coupe d'abeille , où sa chanson bourdonne?

La fleur croissait au bord d'un mont lointain. Mais , sur la pente efieuillant sa couronne , Le vent du soir l'emporte , et tourbillonne : Elle eut son jour, elle a notre destin.

Son miel pourtant , aux ailes de la rime , Sonore abeille en haut prenant Tessor, Trompe l'espoir du dévorant abime.

Je vous l'envoie. Oh ! que n'est-il tout d'or. Tout imprégné des parfums de la cime ! . . . . Mais c'est le vôtre , Ami , qu'un tel trésor.

A MADAHË MA FEMME

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Si vous étiez, Madame, et moins belle et moins fière; Si vous aviez des yeux moins noirs, moins pénétrans, Un front moins couronné de tranquille lumière , Un moins simple maintien , des airs plus conquérans ;

Si vous aviez reçu , de moins pure matière , Cette beauté moins^ haute, aux secrets bien plus grands, Où l'art vient au secours de nature ouvrière Et , comme les habits , fait les corps différens ;

Si votre esprit de feu ne pouvait tout prétendre ; Si votre cœur était moins profond et moins tendre ; Si le bonheur qu'il donne était moins vif, moins doux.

Vous ne me verriez pas noir, maussade, jaloux. Dur, méchant même ; enfin , dût-on me mener pendre, Incapable d'aimer aucune autre que vous.

CLAIREnE.

Clairette , vous me permettez

De vous traiter comme ma fille ,

De vous dire vos vérités

Comme un vieux grondeur de famille.

Eh bien , je vous dirai d'abord Que vous êtes beaucoup trop franche Votre pensée a ce grand tort D'être toujours en robe blanche.

Pourquoi ne feignez- vous jamais?

Est-ce le tout d'être discrète ?

Mentir vous ferait peur : eh mais , Chacun ne ment-il pas, Clairette?

On ment de la langue et des yeux , On ment de la voix et du geste.

Le mensonge est si gracieux / Rien de si gauche qu'un Alceste !

Composez donc votre maintien :

C'est le grand art, le don suprême.

On ment aux autres pour un rien ; En tout, on se ment à soi-même.

Ensuite , vous vous figurez Le savoir une grande affaire :

La grande affaire , vous verrez , Clairette , c'est le savoir-faire.

Le moindre livre vous sourit , Jaune , gris , bleu , les vers , la prose ; Mais nulle feuille où Ton écrit , Ne vaut une feuille de rose.

Vous voudriez faire le tour De la science et de Thistoire.

La Fontaine Ta dit un jour :

(( Tout cela, c'est la mer à boire. »

Vous aimez aussi les oiseaux , Et toute espèce de musique , Excepté ces grands airs nouveaux , Qui n'auront jamais rien d'antique.

A ces morceaux tout brillans d'art ,

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Mais où ridée est fort prudente ,

De Beedioven et de Moeart

Vous prtférez le moindre andante t

Hœndel et Haydn sont vos amis.

Allons ! je vous le dis sans voiles , C'est aimer, est<-ce bien permis !

Le chant des fleurs et des étoiles.

Vous allez même jusqu'au Bach :

C'est du vieil or pur que ses fugues ; Mais sur le nom jugez du sac :

Autant vaudrait s'appeler Hugues.

Quelle idée encor, vers le soir, D'aller, l'âme en paix et rêveuse , Sous les grands ormes vous asseoir.

Avec la mousse pour causeuse !

Ou le matin , dans les halliers , En jeune biche reposée , De ne craindre pour vos souliers L'herbe haute , ni la rosée !

Ou bien , à toute heure du jour.

Cherchant quelque fleur buissonnière ,

De courir faire un petit tour Au moins dans la genevrière !

Avouez-le , n'étes-vous pas Assez folle , quand tout sommeille , Pour essayer d'ouïr tout bas Ce chant qui n'est pas pour Toreille?

Quand tout s'efface à l'horizon , La nuit , sous ce grand ciel paisible , Il vous semble être en la maison Du Père et du Chef invisible.

La vallée où nous marchons tous , Pour vous est celle du mystère :

Vraiment, Clairette, y pensez- vous?

Mais il fait grand jour sur la terre !

Ainsi , vous êtes , en un mot , Trop sérieuse ou trop naïve.

Le monde est léger, triste ou sot :

Comme il vit il veut que l'on vive.

Le clair ruisseau qui , dans les prés , Fait maint détour dont il s'amuse , Vaut-il des flots droits et serrés Se rengorgeant dans leur écluse ?

Une abeille « eo son vol l^er, Qui va , qai vient , et qui travaille , Vous plaît mieux , j'en voudrais gager, Qu'une guêpe à la fine taille.

Dans tout cela , le compte est clair.

Laissant à d'autres le solide, Vous faites des rêves en Fair, Tandis qu'ils en font dans le vide.

J'ai vu l'oiseau, de ses chansons S'égayant seul , de branche en branche ; J'ai vu la fleur, dans les buissons, Riant sous sa corolle blanche ;

J'ai vu, cachée au fond des bois, Une source aimable et secrète , Et c'est ainsi que je vous vois , Mais c'est votre faute , Clairette.

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